Les conditions du développement de créneaux forestiers à haute valeur ajoutée dans la région de l’Outaouais

Télécharger la version PDF

Au sujet de cette publication

Auteur de la publication : Université du Québec en Outaouais

Collaborateur : Développement économique Canada pour les régions du Québec

Date de publication : 14 janvier 2013

Résumé :

Cette recherche vise à éclairer le potentiel d’innovation des entreprises dans le secteur de la transformation du bois en Outaouais. L’étude porte donc plus précisément sur les stratégies et les défis des entreprises de ce secteur ainsi que sur la structure régionale d’accompagnement mise en place en Outaouais.

Table des matières

  1. Remerciements
  2. Sommaire exécutif
  3. Introduction
  4. 1. Les systèmes régionaux d’innovation
  5. 2. L’industrie forestière en Outaouais et la transformation du bois
  6. 3. Acteurs du milieu institutionnel en Outaouais
  7. 4. Méthodologie de l’enquête
  8. 5. Résultats des entretiens avec les entreprises et les organismes de développement de l’Outaouais
  9. 6. Analyse de l’environnement socioéconomique et culturel du SRI de l’industrie du bois en Outaouais
  10. Conclusion
  11. Bibliographie

Remerciements

Cette étude a été réalisée grâce au financement de Développement économique Canada (DEC) et du Décanat de la recherche de l’Université du Québec en Outaouais (UQO). Nous désirons remercier tout particulièrement les membres du Comité consultatif qui nous ont apporté leurs conseils et commentaires tout au long de nos travaux de recherche. Il s’agit de M Michel Bilodeau du Réseau des entreprises du secteur du bois de l’Outaouais (RESBO), de M. Jacques Ruel et de M. Jean Laneville de DEC. Nous soulignons aussi l’apport important dans cette recherche de deux étudiants de la maîtrise en développement territorial de l’UQO, Élodie Plassin et Simon Dominé.

Les informations et les opinions exprimées dans cette étude n'engagent que les auteurs. Elles ne représentent pas nécessairement le point de vue de Développement économique Canada.

Martin Robitaille

Guy Chiasson

Sommaire exécutif

Objectifs

Cette recherche vise à éclairer le potentiel d’innovation des entreprises dans le secteur de la transformation du bois en Outaouais. L’étude porte donc plus précisément sur les stratégies et les défis des entreprises de ce secteur ainsi que sur la structure régionale d’accompagnement mise en place en Outaouais.

Théorie

Afin de mieux éclairer le potentiel d’innovation dans le secteur du bois, nous faisons appel à un cadre d’analyse inspiré des systèmes régionaux d’innovation. Un système régional d’innovation (SRI) se définit comme « un ensemble d’organisations (entreprises, centre de recherche, agences de développement, institutions de développement, institutions d’enseignement supérieur, etc.) et d’individus produisant de l’innovation technologique sur la base d’activités régulières de recherche et développement et d’apprentissage collectif » (Doloreux, 2004). De ce point de vue, l’innovation provient de l’interaction entre les entreprises, les organismes de soutien et l’environnement socioéconomique, à travers un apprentissage collectif de pratiques institutionnelles qui sont facilitées par la proximité géographique. L’innovation est ainsi perçue comme un processus itératif et territorialisé qui résulte de forces collectives d’apprentissage facilitant l’accès à différentes sources d’information pour les entreprises (Edquist 1997) et stimulant ainsi l’entreprenariat. À l’instar des travaux sur les SRI, notre étude sur l’Outaouais a porté sur trois niveaux d’analyse : les entreprises, le milieu institutionnel et l’environnement socioéconomique de façon à dégager les progrès, mais aussi les freins à l’innovation dans le secteur du bois. Nous avons porté une attention toute particulière aux difficultés qui découlent de la situation de région périphérique d’une grande partie de l’Outaouais.

Méthodologie

La réalisation de l’étude s’est faite tout d’abord par des analyses de contenu de documents et de sites internet des différents organismes gouvernementaux de soutien. Nous avons utilisé le service de LIC Outaouais (Liste des Industries et Commerces de l’Outaouais) pour obtenir un recensement exhaustif des entreprises forestières de la région. L’essentiel de la recherche terrain a été réalisé au moyen d’entrevues semi-dirigées auprès des entreprises et des organismes de soutien dans le secteur du bois de la région. Ainsi, nous avons rencontré 16 dirigeants d’entreprises forestières afin de mieux connaître leur vision de l’innovation, leurs liens avec les autres entreprises du secteur et leur recours au soutien à l’innovation. De plus, nous nous sommes entretenus avec la majorité des organismes de soutien à la foresterie pour mieux comprendre les mécanismes de fonctionnement du soutien aux industries du secteur. Globalement, ces entretiens nous ont permis d’identifier les contraintes liées au développement de l’innovation dans l’industrie du bois et les difficultés rencontrées dans la mise en place d’un SRI en Outaouais.

Résultats

Notre analyse à l’échelle des entreprises a permis de constater certaines difficultés qui sont souvent associées, dans la littérature sur les SRI, au contexte défavorable des régions périphériques. Les entreprises rencontrées, même si elles disent souhaiter le partenariat, ont très peu de relations entre elles. La plupart du temps, les entreprises sont dans un mode compétition plutôt que dans un esprit de coopération et de réseautage. La très forte dispersion des entreprises, qui sont pour la plupart assez petites, sur un très grand territoire n’aide en rien au rapprochement entre elles.

La capacité de travailler ensemble était plus manifeste du côté des acteurs institutionnels. Les acteurs rencontrés nous ont confirmé que la concertation entre les divers intervenants était très bonne et qu’elle commençait à porter des fruits intéressants. Par contre, ces acteurs institutionnels, de leur propre aveu, ont encore de la difficulté à rejoindre efficacement les entreprises, et en particulier à répondre adéquatement aux besoins des petites et moyennes entreprises.

On peut soulever quelques difficultés également au niveau de l’environnement socioéconomique. Les intervenants rencontrés ont dénoncé la difficulté d’accès à une main-d’œuvre qualifiée et formée ainsi que la faiblesse de la culture entrepreneuriale en Outaouais.

Au terme de cette analyse, la collaboration entre les divers acteurs institutionnels de l’Outaouais s’est affirmée comme le point fort dans la stratégie d’innovation en Outaouais. Si ces acteurs sont confrontés à des défis de taille au niveau de la dynamique des entreprises, la collaboration entre les acteurs institutionnels a tout de même produit certains résultats remarquables, comme c’est le cas de l’usine Fortress et du projet d’incubateur industriel autour de cette usine. C’est aussi le cas de la collaboration entre les acteurs CLD, SADC et MRC en vue de promouvoir un nouveau développement des produits du bois dans le Pontiac.

Dans le secteur du bois en Outaouais, un système régional d’innovation est en construction. Jusqu’à maintenant, la construction d’un système territorial d’innovation a été portée principalement par les acteurs institutionnels et, compte tenu des difficultés mentionnées, la pleine intégration des entreprises reste un défi important.

Introduction

L’industrie forestière en Outaouais, comme ailleurs, a été passablement ébranlée par la mondialisation. La concurrence étant de plus en plus marquée par des accélérations technologiques dans les secteurs du bois d’œuvre et des pâtes et papiers, l’ajustement des structures productives aux exigences des marchés devient une variable clé de la compétitivité des économies régionales. Ainsi, des stratégies de développement endogène se mettent en place à l’échelle régionale, afin de développer une concentration géographique des activités économiques qui puisse répondre à cette mutation et favoriser de nouveaux types de production à plus haute valeur ajoutée. Cette question de l’impact de la concentration géographique sur les activités d’innovation est au cœur d’une abondante littérature théorique développée depuis les années 1980 en Europe et en Amérique du Nord. Cette littérature porte sur les systèmes régionaux d’innovation (SRI) en général et sur leurs différentes applications (les districts industriels, les milieux innovateurs, les clusters, etc.). Ces théories ont inspiré plus d’une politique publique visant à permettre aux régions de relancer leur propre développement.

Dans cette étude, nous nous intéressons donc à la région de l’Outaouais, mais plus précisément à un créneau d’excellence élaboré suite au programme ACCORD, c’est-à-dire la production et la transformation de bois de type feuillu. Le programme ACCORD invite les régions à élaborer des stratégies de développement basées sur des créneaux d’excellence établis et mis en œuvre par les acteurs de la région. Dans ce contexte, l’Outaouais a choisi de continuer d’appuyer le développement d’une industrie forestière qui a longtemps été au cœur de son développement et qui continue d’être le moteur du développement de trois de ses cinq municipalités régionales de comté. Pour y parvenir, la région n’a d’autre choix que de procéder à la modernisation de son industrie, avec la participation directe ou indirecte de l’ensemble des acteurs (institutions de soutien aux entreprises, centres de recherche, etc.).

Notre examen portera plus particulièrement sur la stratégie de développement de l’Outaouais en matière de transformation du bois de type feuillu. Ainsi, nous nous interrogerons sur les conditions de développement du créneau forestier à haute valeur ajoutée, à travers la mise en place d’une politique de type SRI pour la région. Les objectifs de cette étude sont tout d’abord d’approfondir la question des systèmes régionaux d’innovation dans le contexte d’une région périphérique désireuse de développer de tels créneaux. Ensuite, il s’agira d’étudier, à partir d’une grille d’analyse SRI, le développement de créneaux forestiers de haute valeur ajoutée dans la région de l’Outaouais, mais également de voir dans quelle mesure la structure régionale de gouvernance mise en place facilite le développement de nouvelles productions à forte valeur ajoutée. Le dernier objectif de l’étude est d’identifier les conditions du développement de créneaux forestiers à haute valeur ajoutée pour l’Outaouais (2e et 3e transformation du bois).

La première étape de notre étude consistera à réaliser une revue de la littérature relative aux systèmes régionaux d’innovation. Nous en tirerons un cadre analytique pour faciliter l’analyse des forces et défis qui marquent le développement de l’innovation régionale dans le secteur forestier en Outaouais. Nous dresserons ensuite un portrait des entreprises forestières ainsi que du milieu institutionnel de l’Outaouais qui soutient le développement de cette industrie, après quoi nous expliciterons la méthodologie d’enquête utilisée pour cette recherche. Une section sera consacrée aux résultats tirés des entrevues réalisées auprès des entreprises et des organismes de développement de la région. Enfin, nous ferons l’analyse de ces données en faisant ressortir les forces et les faiblesses de ce SRI tout en dégageant les conditions pour sa consolidation.

Nous croyons que cette recherche fournira des clés de compréhension des conditions favorables au développement du créneau forestier en Outaouais par l’innovation et l’accroissement de la valeur ajoutée dans les industries de 2e et 3e transformation.

1. Les systèmes régionaux d’innovation

L’intérêt des chercheurs et des politiques publiques pour les systèmes régionaux d’innovation est apparu à la suite de deux tendances importantes, soit d’une part la reconnaissance de l’innovation comme facteur déterminant de la croissance économique et, d’autre part, la reconnaissance de la région comme l’échelle la plus appropriée pour stimuler l’innovation. L’innovation devient un processus territorialisé soumis à l’influence de facteurs multiples, dont les ressources locales, mais également le contexte social et institutionnel. L’importance accordée aux interactions entre les acteurs et leur environnement donne ainsi à la région une importante dynamique dans la mesure où elle constitue un lieu de rencontre entre l’offre et la demande, mais aussi parce qu’elle est capable de générer elle-même ses ressources (Malmberg et Maskell, 1997).

1.1 Présentation d’un SRI

Dans l’ensemble, on s’accorde pour définir un SRI comme « un ensemble d’organisations (entreprises, centres de recherche, agences de développement, institutions de développement, institutions d’enseignement supérieur, etc.) et d’individus produisant de l’innovation technologique sur la base d’activités régulières de recherche et développement et d’apprentissage collectif » (Doloreux, 2004). Ainsi le SRI fait référence à des concentrations spatiales d'entreprises et d'organisations publiques et semi-publiques qui produisent l'innovation sur la base d'interactions et d'apprentissage collectif au travers de pratiques institutionnelles communes. Dans cette perspective, le SRI est entièrement lié à l’économie du savoir et à la nouvelle conception de l'innovation comme résultat d'un processus social et territorialisé. Ces travaux reconnaissent l’importance des interactions entre les différents acteurs et leur environnement, ainsi que l’importance des externalités qui affectent la production des territoires. L’innovation est donc perçue comme un processus itératif qui résulte de formes collectives d’apprentissage facilitant l’accès à différentes sources d’informations pour l’entreprise (Edquist, 1997). Notons que certaines de ces informations sont coûteuses, et s’échangent difficilement (savoir collant) (Asheim et Isaken, 2002). Mais par le recours à ces formes collectives d’apprentissage, les entreprises géographiquement proches ont ainsi plus de chances d’échanger entre elles, formellement et informellement, et ainsi de tirer profit des économies externes.

De nombreux auteurs ont travaillé sur les principaux éléments caractérisant un SRI (Autio, 1998; Cooke et Leydesdorff, 2004; Todling et Trippl, 2005; Asheim et al, 2003). Afin de mieux comprendre ce qu’est un SRI, nous pouvons nous référer au modèle schématique ci-dessous, adapté du Conseil de la science et de la technologie du Québec (2001).

Figure 1 : L’environnement favorable à l’innovation

On y distingue trois sphères. La première est constituée par les entreprises innovantes, la deuxième correspond à la sphère des institutions et organisations du savoir et de soutien aux entreprises innovantes (R&D et transfert technologique, Soutien à l’innovation, Organisations de développement économique régionales, Services et soutien technologique, Fond de capital de risque et Enseignement et formation) et la dernière correspond à l’environnement socioéconomique et culturel dans lequel évoluent les deux sphères précédentes.

Source : adapté du Conseil de la science et de la technologie du Québec, 2001

On y distingue trois sphères. La première est constituée par les entreprises innovantes, la deuxième correspond à la sphère des institutions et organisations du savoir et de soutien aux entreprises innovantes, et la dernière correspond à l’environnement socioéconomique et culturel dans lequel évoluent les deux sphères précédentes. Ce sont donc les interactions entre ces trois sphères qui constituent le SRI. Ici, l’environnement culturel, économique et institutionnel joue un rôle aussi important que les deux autres sphères. Comme les entreprises ne fonctionnent pas en vase clos, « l’innovation est un processus fondé sur des relations de proximité et par conséquent, elle est influencée et stimulée par l’environnement socio-économique et culturel. Celui-ci va permettre d’accroître la capacité d’apprentissage interactif, facilitant les rapports des entreprises et les apports externes qui lui sont nécessaires pour innover » (Doloreux et Dionne, 2007a). Ainsi la région réunit en son sein les conditions et ressources nécessaires à l’innovation qui, à leur tour, vont favoriser la croissance et le développement économique du territoire.

Les facteurs identifiés comme des avantages concurrentiels dans les régions sont, tout d’abord, la proximité géographique qui facilite l’échange entre le secteur privé et public de la région et permet de réduire le coût des échanges. On identifie également la concentration géographique, comme facteur : elle permet la production d’externalités pour les entreprises, à savoir une main-d'œuvre qualifiée, des intrants à la production (la sous-traitance et le soutien à l’innovation, mais aussi les retombées technologiques). Le capital social constitue aussi un avantage puisqu’il assure la transmission du savoir et des meilleures pratiques innovantes. La reconnaissance de valeurs communes et d’une confiance mutuelle (culture commune, même langue, respect mutuel, degré de loyauté) renforce également le capital social. Enfin, le rôle joué par les institutions dans la constitution d’un environnement favorable à l’innovation demeure central dans l’analyse d’un SRI.

1.2 Principaux processus dynamiques constituant un SRI

Howells, en 1999, a proposé une description de ces principaux processus dynamiques, qui sont au nombre de quatre. Le premier consiste en une présence localisée de mécanismes (individuels et collectifs) d’échanges et de partage d’informations sur l'innovation. Il s'agit là aussi bien de mécanismes formels qu’informels (connaissances tacites). L’échange informel est difficile sur une longue distance (Cooke et al, 2000), alors que les relations de face à face, les valeurs communes et la confiance mutuelle viennent le renforcer (Lorenzen 2001; Asheim et Isaken, 2002). La présence de procédures de recherche localisées joue également un rôle important pour les petites entreprises, puisque la proximité avec des entreprises à forte concentration de savoir et des organisations de recherche va leur permettre d'augmenter leur potentiel d’innovation et d’intégration dans des réseaux dynamiques. Nous retrouvons aussi la présence de formes interactives d’apprentissage localisées comme dynamique importante d’un SRI. L’interaction résultant de l’innovation va permettre de rapprocher les entreprises et clients/fournisseurs/organisations de recherche/universités, tout en faisant émerger des réseaux d’innovation (Doloreux, 2003). Mentionnons enfin la présence de formes localisées spécifiques d’utilisation de l’innovation et des technologies, c’est-à-dire la capacité des entreprises et des institutions au niveau local et régional d’agir en tant qu’utilisateurs potentiels de nouvelles innovations et technologies. Les utilisateurs vont faciliter, ou pas (si abandon), la mise en place d’innovations technologiques, ce qui permettra l’amélioration de la performance régionale (Maskell, 2001).

Ces quatre processus dynamiques sont des traits généraux communs à tous les SRI. Rappelons que très peu de régions présentent tous les processus réunis, ce qui peut s’expliquer par :

  1. le manque de densité de population ou la faiblesse du tissu économique;
  2. l'absence de dynamiques innovantes dans les entreprises et les institutions;
  3. la nature même des activités économiques à faible valeur ajoutée;
  4. l'absence de dynamiques interindustrielles (Doloreux, 2003; Morgen et Nauwalaers, 1999).

Par ailleurs, il ne faut pas négliger le rôle des relations extraterritoriales dans le processus d’innovation des entreprises, des institutions et des territoires (Bunnel et Coe, 2001; Doloreux, 2004; Simmie, 2003), car les entreprises « innovantes » exploitent à la fois des ressources endogènes et exogènes pour innover, et donc développent des avantages concurrentiels localisés (endogènes au système) et non localisés, comme c’est le cas par exemple pour les entreprises multinationales.

1.3 Rôle des institutions

Les travaux portant sur ce thème mettent en avant deux constats. D’une part, la configuration institutionnelle influence le fonctionnement et la capacité d’un système régional d’innovation (Amable et al, 1997; Edquist et Jonhson, 1997; Nelson et Winter, 1984). D’autre part, selon Edquist et Johnson (1997), le rôle des institutions est de définir les nouvelles opportunités, et de conditionner la capacité du système à générer les nouvelles connaissances et innovations. Leur rôle est donc essentiel du fait qu’elles doivent fournir des informations stratégiques pour réduire les incertitudes liées au processus d'innovation, et régulariser les conflits potentiels et les coopérations entre agents et organisations afin de mettre en place un environnement favorable à l'encouragement de processus d'apprentissage et d'innovation.

Si le rôle des institutions demeure central dans la constitution d’un SRI, des auteurs ont identifié des éléments essentiels pour maximiser leurs interventions. Elles doivent tout d’abord mettre de l’avant des stratégies pour rendre ou maintenir les régions compétitives à travers une multitude de processus institutionnels favorables à l'innovation (Polèse et Sheamur, 2002). Chaque stratégie régionale doit refléter les caractéristiques propres au milieu, sachant que certains traits distinctifs peuvent devenir des atouts (Maskell et al, 1998; Tremblay et al, 2003). De plus, les gouvernements doivent mettre en place les conditions nécessaires au développement d’un SRI (Maillat et Kebir, 2001), ce qui englobe les infrastructures, la fiscalité et les charges des entreprises. Les gouvernements devraient également encourager une prise de conscience commune des acteurs et établir des pratiques et représentations collectives du développement économique et technologique des régions (Amin et Thrift, 1994). Cerner et identifier les systèmes régionaux d’innovation permet aux régions d’envisager des axes de développement et des partenariats novateurs qui encouragent la diversification économique (Courlet, 2001).

1.4 Les SRI dans les régions périphériques

L’ensemble des travaux portant sur les SRI traite presque exclusivement de régions fortement urbanisées en milieu métropolitain où les conditions territoriales propices à l’innovation sont plus facilement réunies (Asheim et al, 2003; Brouwer et al, 1999; Diez, 2000 et 2002; Doloreux, 2004; Harrison et al, 2004; Simmie et al, 2004). La densité de population, la diversité démographique et la synergie organisationnelle de ces régions concourent à produire un plus grand bassin de connaissances susceptible d’accélérer et d’intensifier le développement technologique. Les régions métropolitaines sont également reconnues pour être plus propices à l’innovation en raison de la concentration d’activités de R&D et de brevets majeurs (Brouwer, 1999) qu’on y trouve. Selon Malmberg et Maskell (1997), les régions métropolitaines offrent aux entreprises innovantes des avantages essentiels, tels que l’accès au marché, à la sous-traitance, à une main-d’œuvre spécialisée, à des réseaux formels et informels, à des services spécialisés et enfin, à des infrastructures technologiques plus importantes.

Peu d’études ont porté sur les régions périphériques. Certains auteurs réfutent complètement l’existence de systèmes régionaux d’innovation dans les régions non métropolitaines (Isaken, 2005), alors que d’autres pensent que les zones périphériques constituent un environnement peu favorable à l’innovation productive (Cooke et coll, 2000; Todtling et Trippl, 2005). La lecture de travaux portant sur les régions non métropolitaines nous a permis d’identifier un certain nombre de contraintes au développement d’un SRI en région périphérique (Porter, 2004; Todling et Trippl, 2005; Asheim et al, 2003; Doloreux, 2003). Ces difficultés sont les suivantes :

  1. un déficit d’infrastructures physiques entraînant une augmentation des coûts;
  2. des infrastructures institutionnelles de formation et de R&D peu développées;
  3. la difficulté d’accès aux capitaux et à la technologie;
  4. la rareté d’une main-d'œuvre qualifiée et spécialisée;
  5. la faible présence d’industries riches en savoir (principalement, dans les secteurs de fabrication à faible intensité du savoir et dont les stratégies sont la diminution des coûts de production);
  6. l’insularité et l’enfermement régional (la compétitivité des systèmes repose beaucoup sur l’importation de nouvelles informations et idées, pour générer une valeur ajoutée aux exportations).

Certes, il s’agit là de contraintes importantes mais pas insurmontables comme le montrent David Doloreux et Stève Dionne (2007) dans leur étude sur la région rurale de La Pocatière. En effet, ces deux chercheurs ont démontré qu’il était possible de développer un SRI en région périphérique (secteur de l’agroalimentaire) en identifiant le type de soutien à l’innovation le plus efficient en fonction des caractéristiques de la région visée et de ses barrières à l’innovation. Selon eux, il importe de retenir qu’il peut exister différents types de SRI en région selon les problématiques locales de développement et que ces systèmes d’innovation connaissent des trajectoires et un taux de croissance différenciés selon leur complexité et les problèmes auxquels ils sont confrontés.

Afin de résumer ce chapitre théorique sur les systèmes régionaux d’innovation, voici un tableau récapitulatif des variables essentielles à leur développement et des contraintes liées à leur situation en milieu périphérique.

Tableau 1: Récapitulatif des variables clés et des contraintes au développement d’un SRI
A) Éléments clés contribuant au développement de SRI
A1) Proximité et concentration géographique
A2) Relation forte entre industries régionales et extraterritoriales
A3) Relations fortes entre industrie et institution de soutien
A4) Mise en place de processus institutionnels favorables à l’innovation
A5) Capital social
B) Processus dynamiques d’un SRI
B1) Mécanismes d’échanges et de partage d’informations sur l’innovation
B2) Procédures de recherche localisées
B3) Formes interactives d’apprentissage localisées
B4) Formes localisées spécifiques d’utilisation de l’innovation et de la technologie
C) Lacunes relevées pour les régions périphériques
C1) Déficit de l’infrastructure physique
C2) Déficit d’infrastructures institutionnelles de formation / de R/D et de soutien à l’innovation
C3) Difficulté d’accès aux capitaux et à la technologie
C4) Rareté d’une main-d'œuvre qualifiée et spécialisée
C5) Faible présence d’industries riches en savoir
C6) Insularité et enfermement régional

Cette recension de variables nous permettra d’identifier, dans les prochaines étapes de la recherche, les éléments clés permettant de mieux appréhender la situation de l’Outaouais quant au développement possible d’un SRI. Les régions périphériques sont souvent moins bien dotées en ressources dans plusieurs domaines, et l’analyse du développement d’un SRI doit porter une attention particulière à ces faiblesses afin de saisir au mieux les réalités et les particularités du milieu. En Outaouais, comme nous le verrons ultérieurement, les entreprises et les organismes semblent faire face à de nombreuses barrières à l’innovation dans le secteur de la transformation du bois et ce cadre d’analyse permettra d’en faire état.

2. L’industrie forestière en Outaouais et la transformation du bois

La forêt de l’Outaouais occupe 4,5 % du territoire et se compose essentiellement de feuillus (la plus grande réserve au Québec), d’essences mélangées, dans une proportion de 39 %, et d’un couvert résineux qui représente 17 % de la surface boisée avec plus de quinze espèces recensées. Soixante-quinze pour cent (75 %) du territoire forestier de l’Outaouais est de propriété publique, et 23 % appartient à des propriétaires privés (contre 14 % au Québec). Cette diversité de la forêt constitue une véritable opportunité de diversification pour l’industrie forestière.

2.1 L’industrie forestière, un pilier de l’économie de la région

Le secteur industriel de l’Outaouais se caractérise par une concentration d’industries forestières dans le secteur du bois (Système de Classification des Industries en Amérique du Nord (SCIAN) : secteur 321 pour la transformation du bois, 322 pour la transformation des pâtes et papiers et 337 pour la fabrication d’autres produits connexes aux meubles). En 2003, avant que la crise forestière ne décime le secteur, neuf des dix plus grandes industries manufacturières de la région étaient reliées aux produits de la forêt.

Depuis une décennie maintenant, l’industrie forestière traverse une crise sans précédent et a subi de nombreuses pertes d’emplois. Les données de l’ISQ nous permettent de constater qu’à partir de 2005, de nombreuses entreprises, usines de produits du bois (321) et papetières ont fermé leurs portes et privé de très nombreux travailleurs de leur emploi.

Graphique 1 : Évolution du nombre de salariés de l’industrie manufacturière par sous-secteurs SCIAN, Outaouais

Dans ce graphique à bande, nous observons la décroissance du nombre d’employés salariés au sein de l’industrie du papier et des produits en bois. Au niveau des industries papier, il y avait 1 797 employés en 2004. Ce niveau descend à 916 en 2009. Pour ce qui est de l’industrie des produits en bois, en 2004 le nombre d’employé était de 1 307 pour atteindre 549 en 2009.

Source : Institut de la Statistique du Québec

Souvenons-nous de la fermeture de l’usine AbitibiBowater qui a entraîné la perte de 300 emplois à Gatineau, ou encore de celle de la cartonnerie Smurfit-Stone à Portages-du-Fort dans le Pontiac, qui a laissé 218 personnes au chômage. Les exemples ne manquent pas. C’est d’ailleurs ce qu’illustre le graphique ci-dessus. Faute de données suffisantes, nous avons dû limiter notre étude de l’évolution des salariés dans le secteur manufacturier du bois aux sous- secteurs des produits du bois (321) et au secteur du papier (322). Malgré le caractère très général de ces données, le graphique révèle tout de même une nette tendance à la baisse de l’emploi, aussi bien dans l’industrie des produits du bois que dans celle du papier , au cours de ces dernières années : une tendance aux tournures dramatiques si elle ne s’inverse pas. En effet, de 2004 à 2009, ces deux -secteurs SCIAN ont subi des pertes massives d’emplois, enregistrant respectivement des réductions de 42 % et de 50 % de leur main-d’œuvre.

Le premier employeur dans le secteur manufacturier en Outaouais est le secteur du papier, qui comptait 916 emplois en 2009 (30 % de la main-d’œuvre du secteur manufacturier). La production manufacturière régionale s’élève à 650 232 M$, dont 53 % provient du secteur du papier, 14 % des produits en bois, et 2,55 % du secteur des impressions et activités connexes (323). En ce qui concerne le secteur du meuble et activités connexes (337), nous disposons uniquement des chiffres de 2008, qui placent sa contribution dans la valeur ajoutée manufacturière outaouaise à 0,33 % (source ISQ).

En 1999, 9,8 % des exportations de papier au Québec provenaient de l’Outaouais, ce qui représentait la quatrième plus grande part régionale. Ce secteur est responsable de 62 % des exportations totales de la région (principalement vers les États-Unis), et de 64 % de la valeur ajoutée (forte ouverture du marché). Il est important de relever que les entreprises de la région sont peu nombreuses dans le secteur du papier, mais très performantes suite à des investissements massifs dans les technologies de pointe qui leur ont permis d’accroitre leur productivité. Le secteur du papier assume donc un rôle de leadership dans la région, mais comme le montre le rapport Bourgogne (Laberge et Monahan, 2009), l’industrie des pâtes et papiers fait face à une baisse de la demande pour ses produits en raison de l’utilisation croissante des médias électroniques. Un exemple d’innovation dans la 1ère transformation du bois serait d’accompagner les usines de papier vers le bioraffinage.Note 1 Cela permettrait aux usines de pâtes et papiers de redevenir compétitives sur un nouveau marché.

Graphique 2 : Évolution du chiffre d’affaires manufacturier (par sous-secteurs SCIAN), Outaouais (en k$)

Ce graphique à bande illustre les variations du chiffre d’affaire dans les secteurs du papier et des produits en bois. En 2004, le chiffre d’affaire de l’industrie du papier était de 338 129 $. Il évolue jusqu’en 2006 pour atteindre 381 594 $. Il s’effondre pendant la période 2007 – 2009 pour n’être que de 187 781 $ en 2009. Au niveau de l’industrie des produits en bois, en 2004, le chiffre d’affaire était de 110 761 $. Il baisse légèrement en 2005 (93 573 $) avant de remonter en 2006 (96 844 $). Il amorce une chute pendant la période 2007 à 2009 (74 429 $ en 2007, 58 313 $ en 2008 et 45 766 $ en 2009).

Source : Institut de la Statistique du Québec

Le graphique sur l’évolution du chiffre d’affaires des industries manufacturières, ci-dessus, confirme la crise que traverse l’industrie forestière de la région. Une fois de plus, l’insuffisance de données ne nous permet pas d’indiquer l’évolution du chiffre d’affaires pour le secteur 337 (2e et 3e transformation principalement).

2.2 La 2e et 3e transformation du bois

L’industrie de 2e et 3e transformation de l’industrie forestière fabrique de nouveaux produits à valeur ajoutée à partir de la transformation de produits finis ou semi-finis, tels que sacs en papier, articles de papeterie, papiers couches ou traités, planchers, armoires de cuisine, meubles et palettes de manutention.

L’un des problèmes dans la région est que l’industrie de 2e et 3e transformation y est sous-développée. En effet, une grande partie du bois scié est exportée sans aucune transformation, et va donc subir la transformation de haute valeur ajoutée à l’extérieur de la région. Selon le ministère des Ressources naturelles du Québec et d’autres organismes, il y a là un potentiel de croissance indéniable, car le Québec importe 482 millions de dollars de produits du bois de 2e et 3e transformation par an. Certaines entreprises ont su saisir l’opportunité d’intervenir dans la transformation de produits à valeur ajoutée, et elles ont su ainsi rentabiliser leur industrie (Action Forêt Outaouais, 2005).

Cet enjeu majeur a d’ailleurs fait l’objet de nombreuses études et programmes de développement qui ont culminé vers le projet ACCORD ou l’identification de créneaux d’excellence dans le domaine du bois pour l’Outaouais. Cela a permis à l’industrie forestière de la région de perdurer face à la crise actuelle, d’abord, puis de se doter de stratégies à long terme pour le développement de produits à haute valeur ajoutée.

De nombreux centres de recherche et organismes contribuent activement au développement des créneaux à haute valeur ajoutée dans l’industrie du bois au Québec. À titre d’exemple, nous pouvons citer FP Innovations, un centre de recherche forestière financé conjointement par le Gouvernement du Canada et l’industrie, et tout particulièrement Forintek, sa division des produits du bois et PAPRICAN, sa division pour les pâtes et papiers. Le développement de ces créneaux passe également par des organismes de services aux entreprises, qui favorisent les alliances commerciales et la mise en commun des services, tels que Q-WEB et le Réseau d’information sur les produits du bois. Un Conseil de la recherche sur les ressources forestières (CFRSQ) mandaté par le gouvernement du Québec a également été créé pour déterminer les orientations de recherche sur les ressources et produits forestiers à l’échelle de la province, alors que des « tables de concertation en Recherche et Développement et en transfert de technologie » existent en région depuis 1997 pour définir les besoins des entreprises et les moyens d’y répondre.

Le développement de créneaux de 2e et 3e transformation semble être une des solutions privilégiées pour contrecarrer les effets de la crise forestière qui frappe le Canada depuis maintenant une décennie. Au regard de l’étude de Chiasson et al. (2010), on s’aperçoit que les activités « innovatrices », soit de 2e et 3e transformation, ont mieux résisté à la crise que les activités dites traditionnelles (sciage et pâtes et papiers). Cette étude révèle que pour l’ensemble du Québec, la création de richesse (PIB) engendrée par des activités innovantes est en hausse contrairement aux activités dites traditionnelles. De plus, il y apparaît un constat très intéressant, à savoir que contrairement aux produits traditionnels de l’industrie forestière, le prix des produits à haute valeur ajoutée ne fléchit pas et affiche même une légère hausse continue. Par ailleurs, la part des exportations de produits du bois à haute valeur ajoutée augmente, de façon différenciée selon la production certes, mais la tendance générale n’est pas au ralentissement.

Ces éléments semblent appuyer le développement de nouveaux créneaux d’excellence dans l’industrie du bois de la région outaouaise afin de revitaliser et de redynamiser l’économie des territoires ruraux.

2.3 Les entreprises du bois dans l’Outaouais

Les entreprises qui sont impliquées dans ce créneau sont majoritairement de petite taille par rapport à d’autres régions, mais notons que cela reste comparable à d’autres SRI présents au Canada (Wolfe et Lucas, 2004). Sur les 126 entreprises que nous avons étudiées, 66 travaillent avec moins de 4 employés et 45 entreprises comptent moins de 19 employés (voir le graphique 4). Il y aurait donc 88 % des entreprises forestières qui travailleraient avec moins de 19 employés.

Graphique 3 : Répartition des entreprises de transformation du bois par nombre d’employés dans les MRC de l’Outaouais

Ce graphique illustre la répartition géographique des entreprises de transformation du bois selon le nombre d’employés. En Outaouais, 49 % des entreprises de transformation du bois comportent entre 1 et 4 employés, distribués au sein des MRC de la manière suivante : 18 % à Gatineau, 10% aux Collines de l’Outaouais, 11% à Papineau, 6% dans la Vallée de la Gatineau et 4% dans Pontiac. Les entreprises de transformation du bois de l’Outaouais comportant entre 5 et 19 employés forment 31 % du secteur réparties au sein des MRC de la façon suivante : 19 % à Gatineau, 4 % aux Collines de l’Outaouais, 6 % dans Papineau et 2 % dans la Vallée de la Gatineau. Les 6 % des entreprises de ce secteur comportant entre 20 et 49 employés sont réparti dans deux MRC : 5 % dans Gatineau et 1 % dans Papineau. Pour les entreprises ayant entre 50 et 99 employés, la MRC de Gatineau a 3 % des celles-ci tandis que celle de Papineau en contient 1 %, pour un total de 4 % d’entreprise comportant entre 50 et 99 employés en Outaouais. Les 5% d’entreprises du secteur de la transformation du bois ayant entre 100 et 199 employés se divisent sur le territoire de trois MRC : 3 % à Gatineau, 1 % à Papineau et 1 % dans la Vallée de la Gatineau. Enfin, 1 % des entreprises de ce secteur ont entre 200 et 600 employés et elles sont situées dans la Vallée de la Gatineau.

Source : compilation à partir des données de LIC Outaouais.

Le graphique 4 représente la répartition des entreprises de transformation du bois dans la région. La répartition des entreprises n’est pas équilibrée sur le territoire. La Ville de Gatineau regroupe une forte concentration d’entreprises dans la fabrication des produits du bois ainsi que de meubles et produits connexes. La MRC des Collines-de-l’Outaouais, quant à elle, se distingue par une concentration d’entreprises de fabrication de meubles et produits connexes. Dans la MRC de Papineau, les entreprises sont peu nombreuses (18 au total), mais elles représentent tous les secteurs SCIAN du bois confondus. La MRC de la Vallée-de-la-Gatineau regroupe une dizaine d’entreprises de fabrication des produits du bois et moins de cinq dans le secteur 337. Pour ce qui est de la MRC du Pontiac, on n’y recense que peu d’activités manufacturières dans la transformation du bois actuellement.

Graphique 4 : Répartition des entreprises de transformation du bois en Outaouais, par sous-secteurs SCIAN (2010)

Ce graphique illustre la répartition des entreprises en fonction des trois activités de transformation du bois : la fabrication du papier, la fabrication de produit en bois et la fabrication de meubles et produits connexes. À Gatineau, il y a une entreprise de fabrication de papier, 22 compagnies de fabrication de produit en bois et 30 entreprises qui fabriquent des meubles et/ou des produits connexes. Pour la MRC des Collines de l’Outaouais, il y a aucune entreprise de fabrication de papier, 3 entreprises de fabrication de produit en bois et 13 entreprises de fabrication de meubles et de produits connexes.  Dans Papineau, il y a une entreprise de la première catégorie, 11 entreprises de la deuxième et 7 compagnies de la troisième. Pour ce qui est de la MRC de la Vallée de la Gatineau, il n’y pas d’entreprise de fabrication de papier, 12 entreprise de fabrication de produit du bois et 4 entreprises de fabrication de meubles et produits connexes. Dans la MRC de Pontiac, aucune entreprise ne fabrique du papier, il y en a deux qui fabriquent des produits du bois et trois qui fabriquent des meubles et/ou des produits connexes.

Source : compilation à partir des données de LIC Outaouais.

Le graphique 4 ci-dessus nous permet de voir que Gatineau et la MRC de Papineau sont les pôles identifiés comme les plus actifs, avec la MRC des Collines-de-l’Outaouais. Le graphique 5, quant à lui, révèle que les entreprises du meuble et des produits connexes se sont maintenues durant la crise forestière, contrairement aux secteurs des produits en bois. La tendance observée nous permet de conclure que les entreprises de 2e et 3e transformation ont mieux résisté à la crise.

Graphique 5 : Évolution du nombre d'entreprises manufacturières par sous-secteurs du SCIAN, Outaouais

Le graphique 5 illustre la répartition des entreprises selon leur activité du secteur manufacturier entre 2004 et 2009. Le nombre d’entreprises qui fabriquent des produits en bois étaient 52, en 2004; il diminue à 47 en 2005. Elles ne sont que 44 en 2006. La situation se stabilise à 38 entreprises pour cette activité lors de la période 2006 à 2009. Le secteur de fabrication du papier est beaucoup plus stable, il comporte 9 entreprises en 2004, 8 entreprises pendant la période 2005 à 2008 et 7 entreprises en 2009. Le secteur de la fabrication des meubles et produits connexes avait 32 entreprises en 2004. Deux nouvelles entreprises apparaissent en 2005 pour porter le total à 34. Ce total ce maintien pendant l’année 2006. Les entreprises du secteur sont 35 en 2007 et 36 en 2008. Leur total revient à 35 lors de l’année 2009.

Source : Institut de la Statistique du Québec

Ainsi, l’industrie forestière de l’Outaouais est caractérisée par des entreprises de petite taille réparties inégalement sur le territoire, ainsi que par une faible diversification économique par MRC, sauf dans le cas de la MRC de Papineau qui semble avoir favorisé depuis quelques années une telle diversification. Cette diversification est appelée à se poursuivre avec l’arrivée de l’usine de fibre cellulosique Fortress.

Dans les faits, ces entreprises sont-elles en mesure de soutenir un SRI dans une région périphérique comme l’Outaouais? Si oui, à quelles conditions? C’est ce que nous avons cherché à savoir en rencontrant des entrepreneurs de ce secteur d’activité.

3. Acteurs du milieu institutionnel en Outaouais

Cette section permettra de mieux saisir le cadre institutionnel dans lequel évoluent les entreprises forestières en Outaouais. Comme nous l’avons vu précédemment, pour les régions périphériques, la présence d’un milieu institutionnel bien structuré joue un rôle déterminant dans le développement d’un SRI, notamment pour faire face aux contraintes particulières des régions périphériques.

3.1. Système institutionnel

3.1.1 Établissements d’enseignement et de formation

La région de l’Outaouais compte une seule université, l’UQO, qui s’intéresse plutôt à la gestion des ressources, et non à la recherche appliquée. Toutefois, un récent partenariat entre l’UQO et l’Institut québécois d’aménagement de la forêt feuillue (IQAFF) pourrait venir combler cette lacune (programme de l’Institut des Sciences de la Forêt Feuillue Tempérée- ISFORT). On retrouve aussi un établissement d’enseignement collégial , puis le Cégep de l’Outaouais, qui propose trois formations liées aux métiers des pâtes et papiers, et ainsi que le centre de formation professionnelle Compétence Outaouais, qui offre aussi une formation dans le domaine. Dans le secteur du bois, la région compte trois centres de formation en ébénisterie / menuiserie, une formation pour l’abattage manuel et le débardage et une formation de guide de pourvoirie. On peut en conclure que l’offre de programmes de formation en lien avec les métiers et « nouveaux métiers » de l’industrie forestière est relativement faible dans la région.

3.1.2 Sociétés de capital de risque

On recense six de ces sociétés en Outaouais, dont la plus importante est Investissement Québec, partenaire du MDEIE. Les autres sont la Société Générale de Financement du Québec (SGF), la Financière Agricole du Québec (FAQ), le Fonds Desjardins, GE capital et le Fonds de solidarité FTQ. Sur ces six sociétés de financement, une des structures est très active en tant que partenaire du MDEIE, ce qui nous laisse penser qu’il y a une bonne structure de soutien financier.

3.1.3 Agences de développement économique

Développement économique Canada (DEC), qui finance le budget de fonctionnement des SADC (organisme local), a pour rôle de « promouvoir le développement économique à long terme des régions du Québec en accordant une attention particulière aux régions à faible croissance économique ou à celles qui n'ont pas suffisamment de possibilités d'emplois productifs » (tiré du site Web de l'organisme). Cette mission se réalise en partenariat avec le gouvernement du Québec, afin de respecter les planifications ou les choix de la province. L’intervention de l’organisme consiste à offrir un soutien et du financement de projet aux entreprises à l’étape du démarrage et pour faciliter la croissance des entreprises, le développement de nouvelles technologies, l’innovation et la productivité. Le but recherché est de favoriser l’essor des entreprises et la création ou le maintien d’emplois.

Au niveau provincial, le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE) finance le budget de fonctionnement des centres locaux de développement (CLD), un acteur important à l’échelle locale. L’intervention de ce ministère touche à trois aspects : 1) le développement économique, dont le développement industriel et les nouvelles technologies de l’environnement; 2) le développement de marchés à l’étranger; et 3) l’innovation axée sur la R&D industrielle (technologique), à l’exception de la recherche universitaire. C’est également ce ministère qui soutient la création des créneaux ACCORD (concertation et accompagnement des entrepreneurs).

Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) joue pour sa part un rôle primordial au niveau de l’aménagement du territoire et est responsable de la gestion des forêts publiques. Le MRNF ne travaille pas directement au niveau de la 2e et 3e transformation du bois, mais il assure l’approvisionnement en bois.

À l’échelle régionale, la Conférence régionale des élus de l’Outaouais (CREO) est un acteur important, avec sa Commission régionale sur les ressources naturelles et le territoire public de l’Outaouais (CRRNTO), qui est devenue depuis quelques années l’espace régional de concertation forestière sur le territoire public. Cette Commission couvre plusieurs domaines d’activité, dont les secteurs forestiers, fauniques, récréatifs (incluant la villégiature) et ceux de l’énergie et des mines.

Enfin, Emploi-Québec est un autre acteur qui joue un rôle essentiel par le biais des Centres locaux d’emploi (CLE). La mission d’Emploi-Québec touche le soutien des secteurs, à la fois en période de croissance et de décroissance. Les CLE aident à la planification, au recrutement, à la rétention et à la formation de la main-d’œuvre, en plus d’accompagner les travailleurs en perte d’emploi vers d’autres secteurs. Le CLE informe ses partenaires des compétences en demande et du bassin de main-d'œuvre disponible.

3.1.4 Centres de recherche

Parmi les centres de recherche, on doit tout d’abord souligner Forintek (division des produits du bois de FP Innovations). Son « rôle consiste à aider l’industrie des produits forestiers à optimiser les procédés de fabrication, extraire le maximum de valeur de la matière première disponible et satisfaire les attentes des clients en ce qui a trait à la performance, la durabilité et le coût des produits. » (tiré du site web de l'organisme) Ces interventions touchent :

  • Les mesures d’appui, stratégie de développement industriel au Québec. Le MRNF a mis en place ce programme axé sur les produits à valeur ajoutée autour de quatre filières, dont deux concernent directement FPInnovations, à savoir la filière bois et la filière modernisation de l’industrie.
  • Les produits à valeur ajoutée. Il s’agit d’améliorer, de développer, d’évaluer le design des produits et d’utiliser les résidus de bois. Cela consiste également à évaluer les essences ligneuses et les possibilités qu’elles offrent. Cette mesure touche également à l’amélioration des procédés de fabrication, à l’accessibilité et au potentiel des marchés.

Ces dernières années, un groupe consultatif sur la transformation de feuillus a été créé afin de mieux répondre aux besoins de l’industrie. Par le biais de ce programme et de « Valeur au bois » (financé par RNCan), FPInnovations offre des services directs de transferts technologiques, entre autres sur la fabrication de matériaux composites.

Ce programme offre un accès à l’équipe pluridisciplinaire ainsi qu’à des usines pilotes et des installations d’essais de produits (placage de résineux et feuillus, contreplaqué, bois lamellé de placage, panneaux à copeaux orientés, panneaux de particules, panneaux de fibres à densité moyenne). L’objectif visé ici est de réduire les coûts de production, tout en maintenant la qualité et l’homogénéité des produits.

Grâce à cette initiative, FPInnovations tient à jour une base de données à l’échelle mondiale afin de pouvoir orienter le programme national de recherche en fonction des besoins du marché. De plus, cela permet de réaliser des études sur des marchés spécifiques et d’analyser la concurrence (ouverture aux marchés asiatique et américain).

Les programmes de recherche concertée du groupe PAPRICAN (division pâtes et papiers de FP Innovations) sont dictés par les enjeux techniques prioritaires de l’industrie, tels que la qualité et la valeur des produits, la compétitivité des coûts, l’environnement et le développement durable. L’organisme effectue de la recherche à prix compétitif et du transfert technologique de grande valeur qui répond à la fois aux besoins stratégiques et à court terme de ses membres. Voici la liste de ses différents programmes de recherche ainsi que l’objectif qu’ils poursuivent :

  • Source et qualité de la fibre : tirer une plus grande valeur de la ressource fibreuse et améliorer la performance des pâtes commerciales;
  • Mise en pâte chimique : introduire de la pâte kraft de qualité supérieure et une nouvelle génération;
  • Mise en pâte mécanique : développer la prochaine génération de pâte thermomécanique à haute performance;
  • Fabrication du papier : améliorer la chimie de la partie humide et développer des papiers impression fortement chargés;
  • Performance des produits : exploiter au maximum les propriétés liées à la performance des produits par le biais de découvertes sur les surfaces, le couchage et la structure de la feuille;
  • Environnement et durabilité : minimiser l’incidence environnementale; réduire les émissions atmosphériques, optimiser la récupération d'énergie et de ressources et le développement de nouveaux produits issus de la forêt.

L’Institut québécois d'aménagement de la forêt feuillue (IQAFF) est « un organisme privé à but non lucratif oeuvrant en recherche appliquée, en développement et en transfert technologique. Ses activités sont centrées principalement sur l'aménagement et la sylviculture de la forêt feuillue au Québec et au Canada. Son but est de fournir des solutions concrètes et innovantes aux multiples besoins de connaissances du milieu forestier (industrie forestière, agences gouvernementales, gestionnaires forestiers, etc.). L'IQAFF est un partenaire privilégié de l'Université du Québec en Outaouais » (tiré du site web de l'organisme). Sa mission est de développer, diffuser et promouvoir l’utilisation des connaissances relatives à la forêt feuillue pour en soutenir le développement durable, comme en témoigne la création du nouvel Institut des sciences de la forêt feuillue tempérée (ISFORT). Cet institut intégrera l'équipe de l'IQAFF au sein de l'UQO, ce qui dotera l'Université d'une nouvelle infrastructure de recherche. Ce projet est financé par le MDEIE car il correspond aux objectifs du programme ACCORD.

Depuis 1969, le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ) est devenu un incontournable centre d'innovation et d'expertise incontournable en technologies de la fabrication, en environnement, en information et en normalisation. Ce centre joue un rôle important, car il permet aux industries de se distinguer sur les marchés nationaux et internationaux. Le CRIQ a mis l’accent sur l’établissement de liens privilégiés avec les centres de recherche, les associations industrielles et les principaux partenaires du développement économique, ce qui le place au cœur des besoins des entreprises en matière d'innovation. Son rôle est de contribuer à la compétitivité des secteurs industriels québécois en soutenant l’innovation en entreprise. Le CRIQ fournit donc aux entreprises de l’information, une expertise et des services qui visent différents objectifs :

  • développement de produits distinctifs, à haute valeur ajoutée et répondant aux exigences des marchés;
  • appropriation de nouvelles technologies et « façons de faire » pour accroître leur productivité et se positionner face à la concurrence mondiale;
  • innovation en matière d’éco-efficacité tant pour leurs produits que pour leurs procédés.

3.1.5 Organismes de services et de soutien technologique aux entreprises

Le Réseau des entreprises du secteur du bois de l’Outaouais (RESBO) est un organisme à but non lucratif qui regroupe des entreprises de 1re, 2e et 3e transformation du bois en Outaouais. « La mission du RESBO est de favoriser la concertation entre les entreprises et les organismes ayant un intérêt pour le développement de la filière d’excellence de la production et de la transformation de bois de l’Outaouais afin de maximiser l’utilisation et la transformation en produits à valeur ajoutée des ressources forestières, dans une optique de développement durable » (RESBO, 2011).

Le Bureau de promotion des produits du bois du Québec (QWEB) est lui aussi un organisme à but non lucratif dont la mission est de promouvoir l'exportation des produits du bois du Québec. Il assume également un rôle d’intermédiaire à travers son service aux acheteurs étrangers afin d’aider à trouver de nouveaux investisseurs et à les mettre en relation avec les industries des produits du bois au Québec. À noter également que le Groupe régions du QWEB travaille au développement de marchés pour les PME. Ce groupe fonctionne à partir d’initiatives régionales. L’Outaouais est représentée au sein du Groupe régions par une personne de la Conférence Régionale des Élus de l’Outaouais (CREO) et une autre du RESBO.

3.1.6 Organismes de soutien à l’innovation

Au niveau du soutien à l’innovation, on dénombre quatre organismes dont les activités sont caractérisées par leur complémentarité. Citons tout d’abord le CRNC-PARI qui cherche à favoriser l’innovation. Son but est de cibler le développement d’entreprises technologiques à travers plusieurs aspects : favoriser l'innovation au sein des petites et moyennes entreprises au Canada, mettre au point des technologies et aider à les commercialiser efficacement sur le marché mondial. Cela passe par des services-conseils de nature technique et commerciale, mais aussi par des aides financières aux petites et moyennes entreprises au Canada.

Le second organisme est l’agence de développement de l’efficacité énergétique Québec (AEEQ) qui gère et encourage le développement de nouvelles technologies ou de procédés innovateurs. Cet organisme a mis à disposition des programmes d'aide à l'innovation en énergie (PAIE) qui visent à encourager le développement de nouvelles technologies ou de procédés innovateurs, en efficacité énergétique ou pour des énergies émergentes, en offrant un soutien financier aux promoteurs de projets qui s’inscrivent à diverses étapes de la chaîne d’innovation. Le domaine d’interventions pour ce programme doit absolument porter sur le domaine de l’efficacité énergétique et les énergies émergentes. On peut relever un programme d’appui au secteur manufacturier, qui vise à promouvoir le développement durable et les consommations d’énergie (réduire l’utilisation du mazout, propane..), ainsi qu’un programme de réduction de consommation de mazout lourd au profit de sources d’énergie moins polluantes comme la biomasse forestière.

L’autre structure de soutien à l’innovation est l’association de recherche industrielle du Québec. L’ADRIQ est un acteur important en ce qui a trait au réseautage pour l’innovation. Cet organisme anime un vaste réseau d'affaires dans le but de soutenir l'innovation industrielle au Québec, ainsi que de favoriser les partenariats entre les décideurs technologiques. L’association use de plusieurs stratégies, tout d’abord par ses interventions, elle influence les politiques et les programmes favorisant l'innovation technologique (notamment les crédits d'impôt à la R&D). Ensuite à travers ses activités, l'ADRIQ stimule le maillage entre les PME, les grandes entreprises, le financement et l'expertise nécessaire à la croissance des entreprises innovantes québécoises. De plus, elle a mis en place le Prix Innovation, qui permet de mettre en avant le succès et les réalisations des entreprises innovantes du Québec lors de la plus grande soirée reconnaissance du milieu de l'innovation au Québec. Enfin, l’association s’adresse aux plus jeunes, les 14-19 ans vers les carrières d'avenir en TechnoScience.

L'ADRIQ regroupe plus de 3000 organisations, parmi lesquelles se trouvent les principaux chefs de file de tous les secteurs industriels engagés dans un effort significatif d'innovation technologique (entreprises innovantes, centres de recherche, firmes-conseils, institutions financières, établissements d’enseignements, ministère et organismes). Parmi ces organisations se trouvent plus de 2000 entreprises innovantes et centres de recherche, dont 25 % appartiennent aux secteurs industriels manufacturiers (aéronautique, textile, transports, usinages, équipement, meubles, habitats), et 12 % aux secteurs ressources (métaux, minéraux, énergie, forêt, pâtes et papiers).

En conclusion, il apparait que la région de l’Outaouais dispose des principales institutions lui permettant de supporter le développement d’un SRI dans le secteur du bois. Cependant, la question des capacités d’échange d’information et de concertation de ces institutions se pose avec acuité, et d’autant plus dans un contexte de gouvernance multi-niveaux (fédéral, provincial, régional et local) jamais simple, de décentralisation des compétences dans la gestion des ressources forestières du provincial au régional et de crise forestière qui perdure. Nous avons rencontré des acteurs de ces institutions pour tenter d’obtenir des réponses à cette question de gouvernance.

4. Méthodologie de l’enquête

Dans le cadre de cette enquête, nous avons privilégié une méthodologie de recherche de type qualitative basée sur la réalisation d’entretiens semi-dirigés auprès de deux populations, soit les entreprises du secteur du bois de l’Outaouais et les organismes de soutien à l’industrie forestière. Ce choix s’est imposé pour deux raisons. D’une part, nous voulions par ces entretiens faire ressortir des données riches en information non seulement sur les particularités des entreprises et leur processus de mise en place de l’innovation, mais aussi sur les relations qu’entretiennent ces dernières avec les organismes du milieu pour mieux appuyer et structurer le développement de cette innovation. De plus, il était important de bien comprendre les relations entre les organismes afin de voir comment ils soutiennent le développement des entreprises du secteur. D’autre part, sur la base de nos connaissances du milieu d’enquête (recherches antérieures), nous savions que ce terrain, qui est surtout constitué de petites et moyennes entreprises, est peu réceptif à des enquêtes quantitatives, ce qui nous faisait craindre un taux de réponse très faible étant donné leur nombre peu élevé dans le secteur du bois.

4.1 Le choix des entreprises du secteur

Mentionnons d’abord que pour identifier les entreprises, nous avons eu recours à la base de données LIC Outaouais (Liste des Industries et Commerce en Outaouais) afin de disposer des données de toutes les entreprises liées à l’industrie forestière, puis nous nous sommes concentrés sur celles qui nous intéressaient particulièrement. Nous avons recensé 191 entreprises du secteur forestier d’après la liste de LIC Outaouais. Comme notre étude portait sur la transformation du bois, nous n’avons pas pris en compte les 54 entreprises d’exploitation forestière ni les 11 entreprises de soutien à l’industrie, ce qui nous a amenés à considérer, à l’échelle de la région, 126 entreprises soit :

D’autre part, nous devions considérer les particularités régionales dans la détermination de notre échantillonnage. À cet effet, nous avons pris en compte certains facteurs qui peuvent influencer le développement de ce SRI :

Dans un premier temps, nous avons tenté de contacter l’ensemble des entreprises par courriel et/ou par téléphone afin de sonder leur intérêt à participer à l’enquête. Le peu de réceptivité de ces dernières nous a obligés à changer de stratégie en concentrant davantage notre attention sur les entreprises qui sont dans un mode d’innovation, car ce sont ces dernières qui sont les plus susceptibles d’être partie prenante d’un SRI.

Pour identifier ces entreprises, nous avons demandé à notre comité consultatif (composé de personnes actives dans le domaine) de nous constituer une liste d’entreprises considérées comme innovantes (au sens large) dans la région. Cette liste nous a permis d’identifier 15 entreprises et nous avons donc commencé les démarches pour les rencontrer. En parallèle, nous avons recontacté d’autres entreprises afin de constituer un échantillon représentatif de ces industries en région. Malheureusement, le taux de participation des entreprises a été relativement faible. En effet, nous avons dû faire face à beaucoup de refus, les employeurs prétextant « ne pas avoir le temps » ou « ne pas être intéressés ». Sur les 126 entreprises recensées, nous n’avons pu en rencontrer que 16, soit 12,7 % des entreprises présentes dans la région. Par contre, la majorité de ces entreprises étaient répertoriées comme « innovantes » par nos informateurs clés, et donc plus susceptibles de connaître la structure d’accompagnement régionale à l’innovation et d’avoir eu des contacts avec elle. Cet échantillon nous a quand même permis d’aller chercher des informations riches sur les difficultés rencontrées, autant que sur les progrès réalisés, dans la mise en place d’innovations dans ce secteur.

Les entretiens ont été réalisés en mai et juin 2011 auprès de dirigeants et de cadres supérieurs bien informés de la situation de leur entreprise, et ont duré en moyenne 75 minutes. Ces entretiens ont permis de couvrir les thématiques suivantes liées au développement d’un SRI en Outaouais :

4.2 Le choix des organismes de développement

Nous avons tout d’abord procédé à un recensement des organismes de soutien par le biais d’internet. Une fois ces organismes repérés, nous avons fait valider notre liste par un membre de notre comité consultatif du projet très actif dans le développement de l’industrie des produits du bois.

Au cours d'entrevues d’approximativement une heure, nous avons consulté dix personnes au plus près des dossiers de ce secteur d’activité, soit huit représentants d’organismes de la catégorie « agence de développement », à savoir DEC, le MDEIE, le MRNF, la CREO, la CRRNTO, le CLE et deux CLD, ainsi que deux représentants d’organismes de la catégorie « organisme de soutien et soutien technologique aux entreprises », à savoir le RESBO et le QWEB en Outaouais.

Sur la base des variables clés soutenant le développement d’un SRI en région, nous avons élaboré une grille d’entrevue à questions ouvertes, afin de mieux saisir les relations entre les entreprises et ces organismes, ainsi que l’interaction entre les organismes du milieu favorisant le développement du secteur du bois. Les entretiens semi-dirigés ont porté sur les thématiques suivantes :

Dans l’ensemble, les organismes rencontrés ont été très réceptifs à notre recherche et y ont collaboré avec enthousiasme. D’ailleurs, dans plusieurs cas les entretiens ont largement dépassé le temps imparti, ce qui nous a permis de recueillir des données complètes sur la situation des entreprises du secteur, sur les modes d’intervention auprès de ces entreprises et sur la concertation entre les organismes du milieu dans l’articulation de leurs interventions respectives auprès des entreprises.

Globalement, même si notre recrutement d’entreprises a rencontré quelques difficultés, nous considérons que les personnes rejointes dans les deux groupes nous ont permis de recueillir des informations considérables et pertinentes pour l’analyse des données. À ce propos, dans le domaine de l’analyse qualitative, on considère généralement que l’effet de saturation des données est acquis lorsqu’il y a répétition des informations recueillies auprès des interlocuteurs, ce qui s’est avéré autant auprès des entreprises que des organismes de développement.

Afin de mieux rendre compte de la réalité de ce terrain d’enquête, la section suivante dressera le portrait actuel de l’industrie du bois de la région de l’Outaouais tel qu’il a été brossé par les répondants rencontrés. La section 6 présentera le portrait du milieu institutionnel et des organismes de développement de la région de même que leurs champs d’intervention afin de mieux saisir l’environnement socioéconomique dans lequel peut se développer un SRI dans le secteur du bois.

5. Résultats des entretiens avec les entreprises et les organismes de développement de l’Outaouais

Dans cette section, nous allons mettre en relief les données recueillies lors de nos entretiens. Pour ce faire, nous avons regroupé ces informations sous quatre thèmes découlant directement du cadre d’analyse, soit les entreprises et l’innovation, le processus institutionnel qui sous-tend cette dernière, la concertation des organisations de développement de la région et, finalement, l’environnement socioéconomique et culturel qui constitue un SRI.

5.1 L’innovation et les entreprises de l’Outaouais

Pour ce qui est de la variable relation forte entre industries (variable A2 du tableau 1, page 12), les entreprises ont dans l’ensemble témoigné d’un manque flagrant de partenariat entre elles. La plupart nous ont confié qu’elles souhaiteraient travailler en partenariat, mais toutes ont évoqué la peur de l’autre! Comme elles sont actuellement en mode survie, on peut comprendre que le climat ambiant ne soit pas au partage, non pas qu’il y avait plus de partenariat auparavant, bien au contraire, mais la situation était à ce point favorable que le besoin de partenariat ne se faisait pas sentir. Or, depuis que la crise sévit, les entreprises ont développé un réflexe de repli sur soi qui fait qu’elles ne perçoivent pas l’opportunité de dépasser la crise ensemble.

Les disparités entre sous-régions jouent également un rôle : deux MRC ont été reconnues comme régions ressources : le Pontiac et la Vallée-de-la-Gatineau. Ce statut avantage les employeurs en les exonérant de la taxe sur leur masse salariale. Or, cette situation pose problème du fait que les ventes de produits se font sur le territoire et que les entreprises bénéficiant de cet avantage fiscal peuvent vendre pratiquement les mêmes produits que leurs compétiteurs à 20 % ou 30 % moins cher. Les producteurs des autres MRC se sentent lésés et parlent de « concurrence déloyale sur leur propre terrain de jeu » (extrait d’une entrevue).

Cette question du partenariat touche aussi le problème de l’approvisionnement. Actuellement, la majorité des entreprises achètent leur bois hors de la région pour des raisons de disponibilité d’essences d'une part, mais surtout pour des raisons de coûts. À l’unanimité, les entreprises rencontrées ont reconnu s’approvisionner à l’extérieur du Québec (très souvent aux États-Unis). Le fait que les entreprises ne s’approvisionnement pas localement constitue un problème non négligeable. En effet, concevoir le développement de la 2e et 3e transformation sans approvisionnement local n’est pas conséquent pour plusieurs entreprises rencontrées. Puisque les essences de bois de l’Outaouais sont parmi les plus riches, il semble difficilement concevable de laisser l’approvisionnement se faire en dehors de la région. Pour les entreprises, une stratégie globale d’approvisionnement permettrait d’agir sur le coût de la matière première. Ces propos ont aussi été tenus, à plusieurs reprises, par des personnes travaillant dans des organismes de soutien à l’industrie des produits du bois. « Il faut développer un climat favorable pour accompagner les entreprises dans l’utilisation des essences de la région ». Tous s’accordaient sur le potentiel de développement que présente l’utilisation des essences régionales de bois.

En ce qui concerne la variable relation forte entre industries et institutions de soutien (A3), la très grande majorité des entreprises rencontrées connaissaient les organismes de soutien locaux et régionaux puisqu’elles avaient eu recours aux programmes d’aide de ces organismes, dont certaines à plusieurs reprises. Cependant, soulignons que des entreprises non recensées comme innovantes affichent une autre réalité : elles connaissent peu ou pas les organismes d’aide. Essentiellement de petite taille, ces entreprises ont du mal à « cadrer » dans les critères d’admissibilité des programmes.

Pour ce qui a trait à la mise en place de processus institutionnels favorables à l’innovation (A4), les entreprises rencontrées ont émis plusieurs réserves concernant les programmes d’aide et cela pour diverses raisons. Tout d’abord, elles ont critiqué la lourdeur administrative qui pèse sur la gestion de ces programmes. En effet, certains ministères ont une prise de décision beaucoup trop centralisée à Québec ou Montréal, ce qui fait qu’un dossier ou une entente approuvée en Outaouais ne pourra être validé que si leur référent administratif l’accepte. Cela réduit la marge de manœuvre des représentants locaux, mais surtout augmente sérieusement les délais pour l’entrée en vigueur des accords. Il semble opportun de souligner que cette contrainte administrative a été également soulignée par les personnes travaillant dans des organismes qui considèrent que cela « bloque la prise de décision collective régionale ». La centralisation des décisions ne facilite en rien le partenariat des organismes régionaux, bien au contraire. Quelques intervenants nous ont mentionné avoir essuyé un refus du siège social après avoir passé de longues heures à travailler conjointement avec d’autres organismes en région à l’élaboration de projets. Il faut donc remanier les propositions pour qu’elles soient enfin acceptées, ce qui prolonge les délais pour les entreprises qui ont souvent besoin rapidement des ressources consenties par ces programmes pour se développer ou même survivre.

Les entreprises se plaignent également d’un manque de coordination dans leur demande de projets. En effet, lorsqu’une entreprise monte un projet, elle doit rencontrer ses partenaires un à un, mais si l’un d’eux change ses dispositions à la dernière minute, l’entreprise doit recommencer toutes ses démarches de financement. Des entreprises nous ont suggéré de favoriser la mise en place d’une technique qui consisterait à rassembler tous les partenaires financiers potentiels d’un projet pour en discuter et en débattre ensemble. À cet effet, il faut souligner que dans la MRC du Pontiac, cette difficulté a été atténuée par la mise en place d’une table de concertation regroupant les organismes de développement, et où l’on étudie collectivement les projets pour favoriser une décision concertée en ce qui a trait aux aides gouvernementales. De plus, les entreprises jugent être mal informées des programmes d’aide, qui ne cessent de changer. Il faut savoir qu’il s’agit là de l’obstacle le plus souvent évoqué par les personnes interviewées (entreprises et organismes), car le changement perpétuel dans les programmes offerts entraîne une méconnaissance des mesures d’aide disponibles et des conditions d’admissibilité. L’entrepreneur devrait être mis au fait, dès le départ, de toutes les conditions, afin de soumettre d’entrée de jeu un projet conforme aux attentes. Il existe des aides gouvernementales cumulables jusqu’à 80 % de l’investissement demandé, mais encore faut-il que les entreprises en soient informées. Une meilleure diffusion de l’information permettrait un gain de temps, d’énergie et d’argent, car autrement on va à l’encontre des objectifs initiaux visés par ces programmes d’aide, qui sont de stimuler l’entrepreneuriat à travers la mise en place de prêts pour la réalisation de projets de modernisation, d’agrandissement et d’innovation.

Enfin, les programmes sont mal adaptés aux régions. Pour une région comme l’Outaouais où le SRI est composé principalement de PME (88 % des entreprises travaillent avec moins de 19 employés), les seuils minimaux proposés par les aides gouvernementales sont, dans la majorité des cas, trop élevés pour que les PME puissent soumettre une demande. Certes, les programmes des SADC et CLD sont mieux placés pour aider ces entreprises, mais si elles souhaitent bénéficier d’une aide plus spécifique, pour le développement d’innovations technologiques par exemple, la porte leur est fermée, soit parce qu’elles ne répondent pas aux critères d’admissibilité, soit parce qu’elles auraient besoin de plus petits montants et que cette option n’est pas encore négociable. Le discours est bien différent du côté des plus grandes entreprises, qui réagissent à d’autres aspects touchant le financement, comme la disponibilité d’une aide financière pour la R&D et le développement de marchés alors que l’aide pour la réalisation concrète de projets innovateurs et la mise sur pied de projets pilotes n’est pas offerte.

Pour continuer à illustrer les contraintes à l’innovation que rencontrent les entreprises sur le terrain, nous devons souligner la problématique de la main-d’œuvre (C4). Il s’agit là d’un problème de taille puisque la crise a forcé beaucoup de travailleurs du secteur du bois à se recycler dans d’autres secteurs. Le problème aujourd’hui est que bon nombre de ces travailleurs ont aussi quitté la région pour trouver un autre emploi ou se sont réorientés vers d’autres métiers et refusent de revenir dans l’industrie du bois. Cela pose donc un problème sérieux aux entreprises qui désirent innover puisqu’elles ont une réelle difficulté à recruter de la main-d'œuvre qualifiée. Certaines entreprises rencontrées, même celles qualifiées de peu innovantes, nous ont avoué devoir refuser des contrats faute de main-d'œuvre pour remplir la commande. Ce qui nous amène à parler d’une autre difficulté évoquée par les entreprises lors des entrevues : « Nous n’avons pas de main-d’œuvre disponible et encore moins de main-d’œuvre formée à nos besoins ». Ces deux éléments, soit le besoin de main-d’œuvre et la formation des travailleurs, nous amènent à aborder une variable essentielle à l’innovation, c’est-à-dire le processus institutionnel lié à l’innovation.

5.2 Le processus institutionnel et l’innovation

Hormis le RESBO et le QWEB, tous les organismes de développement sont essentiellement multisectoriels, la filière bois ne constituant qu’une de leurs nombreuses préoccupations. La transformation du bois étant reconnue comme un créneau d’excellence, les personnes rencontrées jugent nécessaire de développer une approche concertée en matière de transformation du bois en Outaouais. En effet, le nombre important d’intervenants dans le soutien de l’industrie forestière nuit à l’adoption d’une vision intégrée de son développement. Certains acteurs ont bien conscience de ce blocage et commencent à penser à créer une table forestière régionale pour discuter exclusivement du développement de l’industrie du bois. À leur avis, cette table faciliterait l’identification des améliorations requises au niveau régional et éviterait aux sous-régions de travailler en vase clos. Rappelons ici, comme le souligne la littérature, que l’innovation ne doit pas uniquement provenir des industriels, mais que les organismes doivent aussi innover dans leur façon de procéder. L’identification de la transformation du bois comme créneau d’excellence doit se traduire par des mesures concrètes de partenariat des organismes de soutien à l’industrie. Cette transformation est d’ailleurs bel et bien amorcée, comme en témoigne l’étude sur les bois de trituration qui a été réalisée en partenariat avec les organismes de la région, mais aussi des experts extérieurs à la région. Cette dernière est en effet signalée par plusieurs comme un signe d’ouverture sur une certaine innovation dans la prise de décision ainsi qu’un tremplin pour une collaboration future.

Pour en revenir aux organismes s’intéressant spécifiquement à la transformation du bois, le RESBO se retrouve au premier plan et doit fournir un travail considérable pour effectuer ce lien très important entre les entreprises et les organismes du milieu. C’est d’ailleurs à ce niveau que le besoin se fait le plus sentir. De fait, pour les entreprises et les intervenants, il manquerait de ressources sur le terrain pour informer et sensibiliser les entreprises (C2) à la nécessité d’opérer des changements dans leur façon de faire et d’entrevoir leur avenir, mais aussi pour aider les industriels à trouver des marchés et des contrats pour leurs produits. Ce travail de sensibilisation et d’accompagnement des petits et grands industriels forestiers est sûrement rendu plus difficile par l’étendue et la fragmentation importante du territoire. Cet éparpillement des entreprises, comme le soulignent certains travaux sur les SRI, fait en sorte que les efforts et les ressources consentis par les structures d’accompagnement doivent être plus importants pour pallier à l’absence de proximité.

Pour conclure, nous pouvons soulever le fait qu’il existe en Outaouais une volonté des acteurs du milieu de développer la culture entrepreneuriale ce qui, pour les organismes de développement rencontrés, demeure un élément clé pour favoriser l’innovation. En Outaouais, le milieu dans lequel évoluent les entreprises semble être moins favorable au développement des affaires que dans d’autres régions du Québec. L’histoire de la région fait que sa dynamique d’entrepreneuriat est faible. D’ailleurs, le dernier rapport produit par la Fondation de l’entrepreneuriat (Riverin, Proulx et Pota, 2010) avance que « 76,9 % des 18-64 ans jugent qu’être entrepreneur est une carrière désirable, ce qui est significativement inférieur à la moyenne du Québec (81,0 %). De plus, 51,5 % des parents des entrepreneurs potentiels privilégient une carrière entrepreneuriale (fonder sa propre entreprise ou devenir travailleur autonome) comparativement à 56,8 % pour l’ensemble du Québec. 24,7 % des parents souhaitent que leurs enfants décrochent un poste de responsabilité au sein du gouvernement, comparativement à 12,5 % ailleurs au Québec ». Dans le domaine de la foresterie, la culture de l’entreprenariat est très faible. C’est d’ailleurs une réalité souvent citée comme obstacle au développement de l’innovation des entreprises forestières lors des entrevues que nous avons réalisées. Le secteur forestier de l’Outaouais a profité pendant des décennies d’une situation confortable de développement économique, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. La concurrence extérieure, la volatilité des prix des matières premières, la crise forestière sont des faits qui rendent plus que nécessaire l’ajustement au marché afin de redynamiser le secteur de l’industrie du bois en région et toutes les externalités qui en découlent.

L’économie locale, ainsi fortement dépendante du secteur tertiaire et des emplois fédéraux et provinciaux, doit parvenir à mettre en place une dynamique d’entrepreneuriat et d’innovation au cœur même de l’industrie des produits du bois, qui a longtemps constitué le gros du secteur manufacturier en région. Le manque de culture entrepreneuriale demeure cependant un obstacle au développement du système régional d’innovation forestière.

5.3 La concertation entre les organismes de développement de la région

Sur la question du fonctionnement de la structure partenariale des institutions de soutien, mentionnons que les relations partenariales entre les organismes et institutions (A3) sont fortes et qu’une dynamique d’échange d’information et de concertation s’est instaurée depuis plusieurs années. Les échanges aussi bien formels qu’informels sont naturels. Chaque acteur fait ce qu’il peut avec les programmes qu’il gère dans son organisation, tout en maintenant le cap sur un objectif commun : le développement de la transformation du bois en Outaouais. Il ne semble pas y avoir de difficultés importantes de cohabitation entre les ministères fédéraux et provinciaux de même qu’avec les organismes régionaux. Comme nous l’avons constaté, il y a différents niveaux de programmes et, selon l’échelle dont ils émanent, les acteurs tentent d’ajuster au mieux les normes de ces derniers afin de créer une sorte « d’horizontalité » dans ce qui est trop souvent perçu comme de la verticalité prononcée. On remarque là un réel effort de collaboration afin d’atténuer les éventuelles frictions et les impacts des programmes très normatifs, en dépit de leur marge de manœuvre limitée. À titre d’exemple, plusieurs intervenants, de même qu’un responsable d'entreprise, ont souligné l’effort remarquable de concertation déployé par l’ensemble des intervenants (municipaux, régionaux, provincial et fédéral) dans la mise en œuvre des plans et du financement nécessaires pour assurer la mise en activité de l’entreprise Fortress en un temps record.

Tous les organismes, quelle que soit leur échelle d’intervention, participent aux diverses réunions de travail ou encore à la Commission régionale sur les ressources naturelles et le territoire (CRRNTO). D’ailleurs, on y retrouve les cinq CLD, Emploi-Québec, Tourisme Outaouais et les organismes œuvrant dans les secteurs d’activité concernés. Des tables de concertation multisectorielles se mettent en place et les directeurs d’organismes (DEC, MDEIE, Emploi-Québec, CRÉ, CRRNTO) se réunissent toutes les 4 à 6 semaines pour discuter ensemble des projets publics et privés en Outaouais (tous secteurs industriels confondus).

La création du poste de conseiller en 2e et 3e transformation est un bon exemple pour illustrer le partenariat des organismes, tout comme le cas d’une entreprise interviewée qui a obtenu un financement grâce aux efforts conjoints du MDEIE, de DEC et de la Banque du Développement du Canada. On peut aussi se référer à une des plus récentes études réalisées en partenariat (RESBO, DEC, MRNF, MDEIE, CREO) et qui porte sur les bois de trituration. Ces projets ont tous été réalisés grâce à une collaboration étroite entre les différents organismes et dans le seul but d’améliorer l’industrie forestière de transformation du bois.

Pour conclure sur les institutions et organismes, on peut donc souligner l’effort important déployé de ce côté pour encourager le travail en commun et le partenariat. Pourtant, des difficultés persistent malgré ces efforts tout à fait louables, notamment au niveau du lien entre les organismes et les entreprises. Comme nous venons de le signaler, la faiblesse des dynamiques de proximité entre les entreprises fait en sorte que le défi du rapprochement reste entier et que les ressources nécessaires pour assurer un accompagnement nécessaire devront être conséquentes.

5.4 L’environnement socioéconomique et culturel du secteur du bois

En nous basant sur les entretiens réalisés auprès des entreprises et des organismes de développement, nous dresserons ici un portrait du dynamisme et des interactions observés dans l’environnement socioéconomique de l’innovation sur le territoire de l’Outaouais en fonction des mécanismes d’échanges et d’information, des procédures de recherche, ainsi que des formes interactives d’apprentissage localisées et d’utilisation de l’innovation.

5.4.1 Mécanismes d’échanges et de partage d’informations sur l’innovation

Comme mentionné précédemment, les organismes de soutien se rencontrent régulièrement et apprennent à travailler ensemble dans l’intérêt de l’industrie. Il y a donc beaucoup d’échanges et de partage d’informations autour de l’innovation (B1). On constate le même type de dynamique au sein des entreprises, même si elle est plus récente. En effet, grâce au travail d’accompagnement effectué par les institutions, en particulier le RESBO, une vingtaine d’entreprises vont se réunir autour d’une table pour échanger, communiquer et mettre en place un projet commun de partenariat avec des engagements financiers à long terme. On décèle dans cette initiative les prémices d’une belle dynamique qui s’inscrivent dans un processus de construction de la confiance mutuelle et du partenariat. Rappelons également que les organismes de soutien contribuent ainsi au développement du capital social (A5), variable clé dans le développement d’un SRI.

5.4.2 Procédures de recherche localisées

Nos entrevues avec les dirigeants d’entreprise, sauf une exception, ne nous ont jamais portés à croire à l’existence d’une quelconque dynamique autour de la recherche localisée (B2). On a fait allusion à un centre de recherche et de transfert technologique seulement deux fois lors des entrevues, et jamais les organismes de soutien à l’innovation n’ont fait mention d’un partenaire. On pourrait donc conclure à un manque de dynamisme concernant cette composante essentielle à la mise en place d’un SRI, mais il importe en fait d’examiner la question sous un angle différent. Il est vrai que les centres de R&D et transfert technologique ainsi que les organismes de soutien à l’innovation sont méconnus, mais cette situation est due au manque de culture entrepreneuriale dans la région. L’émergence actuelle de l’innovation en région est surtout attribuable à des acteurs de l’extérieur de la région, ce qui ne favorise pas la connaissance de leurs services par les entreprises. Ainsi, pour ne pas conclure trop rapidement sur une absence ou un manque de recherches localisées en région, il est important de garder à l’esprit que la création du RESBO, dans la foulée du projet ACCORD, visait notamment à combler cette lacune. Le RESBO, présenté plus tôt, travaille à l’accompagnement et au recours à l’innovation pour l’industrie forestière : une de ces dernières grandes implications est celle de la mise en place d’un plan stratégique concerté de promotion et de commercialisation des produits du bois de l’Outaouais, réalisé avec entre autres le partenariat de 22 entreprises autour de la revalorisation de l’image de marque, du développement d’une plateforme de communication, et du développement de nouveaux outils et produits. Depuis ce projet, beaucoup de réflexions ont pris forme puisqu’il y a eu une rencontre entre 40 dirigeants de l’industrie de la transformation du bois de l’Outaouais et les organismes de soutien, durant laquelle 6 chantiers principaux d’interventions ont été identifiés ainsi qu’un nouveau plan stratégique qui vise au « rétablissement d’une grappe industrielle forestière moderne »Note 2 pour renforcer et diversifier la structure industrielle de la filière bois de l’Outaouais. Ces initiatives illustrent bien les avancées en matière de mise en place de recherches localisées mais aussi d’apprentissages localisés.

5.4.3 Formes interactives d’apprentissage localisées

Dans les entrevues réalisées auprès des organismes, nous avons relevé un manque de concertation entre la région et certaines MRC. Par exemple la MRC du Pontiac, ne sachant pas ce qui se passait au niveau régional a engagé un consultant pour réaliser des travaux rejoignant ceux déjà entrepris à l’échelle supérieure. Ce manque de communication permet tout de même de voir un comportement proactif des agents de développement sur le terrain, car force est de constater que dans cette MRC, fortement touchée par la crise, le personnel des organismes se mobilise avec les ressources disponibles. Face à un manque cruel d’entrepreneurs, les agents prennent les devants et vont chercher les entrepreneurs à l’extérieur, en plus de mettre en place une nouvelle forme de concertation entre les acteurs afin de mieux répondre aux réalités du terrain. En effet, depuis quelques temps un comité de concertation entre directeurs et personnels d’organismes de soutien, se met en place en région autour du financement des projets d’entreprises, afin d’accompagner l’orientation des entreprises vers l’innovation. Il est indéniable que ces initiatives, aussi récentes qu’elles soient, témoignent d’une réelle volonté du milieu de développer le partenariat et d’améliorer la dynamique d’interaction à l’échelle des sous-régions.

5.4.4 Formes localisées d’utilisation de l’innovation et de la technologie

Comme dit précédemment, la région de l’Outaouais met en place progressivement le recours à l’innovation et à la technologie dans le secteur industriel forestier. Pour le moment, cette dynamique est elle aussi en cours de développement. L’usine Fortress est un exemple intéressant incarnant l’innovation et la haute technologie. En effet, l’ancienne usine de pâtes Kraft est devenue l’usine Fortress Cellulose spécialisée dans la fabrication de la pâte de rayonne. Par ailleurs, la volonté de mettre en place, autour de cette nouvelle usine de Fortress, un incubateur industriel permettrait à la MRC de Papineau de disposer d’une infrastructure qui permettrait de favoriser la proximité fonctionnelle, le partenariat, la sous-traitance, le transfert de connaissances et l’émulation. Bien que ce projet d’incubateur soit encore en chantier, il permet d’espérer que la présence de Fortress pourra générer d’autres activités et entreprises locales qui sauront capter les opportunités découlant de l’usine de rayonne et en créer de nouvelles. Cet incubateur, il faut le dire, est un cas un peu singulier puisque l’Outaouais forestier peut compter sur très peu de plateformes régionales permettant l’échange de nouvelles technologies et de nouveaux procédés de production. Comme nous l’avons mentionné plus haut, assez peu des petites entreprises font de la recherche et développement de façon systématique et celles qui réussissent à en faire s’alimentent à l’extérieur de la région principalement. Les acteurs institutionnels qui s’occupent du soutien à l’innovation se sont dits bien au courant de cette problématique et à pied d’œuvre pour mettre en place des mécanismes pour y remédier.

Pour conclure, cette section a permis de mettre en relief l’état actuel des dynamiques qui entourent la constitution d’un SRI dans le secteur du bois en Outaouais. Plusieurs difficultés ont été identifiées autour des liens entre les entreprises de ce secteur et la difficile conciliation entre leurs besoins et les programmes de soutien à l’innovation des organismes de développement. En même temps, on peut voir une forte mobilisation et une grande concertation des organismes de développement en vue de soutenir la mise en place d’un SRI. Cependant, la question des conditions favorables au développement du SRI dans le secteur de la 2e et 3e transformation du bois en Outaouais demeure. C’est à cette question que nous tenterons de répondre dans la section suivante.

 

6. Analyse de l’environnement socioéconomique et culturel du SRI de l’industrie du bois en Outaouais

D’entrée de jeu, il apparaît difficile d’affirmer qu’il existe un système régional d’innovation solidement implanté dans le secteur du bois en Outaouais. Cependant, nous devons reconnaître qu’il y a bien une dynamique favorable à sa mise en œuvre, et ce depuis quelques années. Cette section du document permettra donc d’identifier les forces et faiblesses liées aux composantes de ce SRI et d’en dégager certaines actions pouvant contribuer à sa consolidation.

La transformation du bois s’affiche de plus en plus comme un objectif et de nombreux résultats en témoignent, comme nous le verrons dans cette section. Afin de mieux comprendre la dynamique présente dans le SRI, nous allons en faire l’analyse à partir du tableau 3, qui propose une schématisation de l’environnement favorable à l’innovation en Outaouais. Pour ce faire, nous partirons du centre, soit des entreprises innovantes.

Figure 2 : Représentation schématique de l’environnement socio-économique et culturel du SRI transformation du bois de l’Outaouais

La figure 2 reprend le schéma de la figure 1 en ajoutant les acteurs du milieu pour la sphère des institutions et organisations du savoir et de soutien aux entreprises innovantes. Au niveau de la R&D et des transferts technologiques les acteurs sont : CRIQ, FPInnovation, IQAFF et UQO. Pour le soutien à l’innovation, il s’agit de : Inno-Centre, PARI-CNRC, AEEQ et ADRIQ. Les organisations de développement économique régionales sont : MDEIE, RNCAN, MRNF, DEC, CREO, SADC et CLD. Les acteurs de services et de soutien technologique sont : RESBO et QWEB. Les sociétés de financement et les fond de capital de risque sont représentés par : SGF, FAQ, Investissement Québec, Fonds Desjardins, GE Capital, FTQ et BDC. Finalement, les instituts d’enseignement et de formation sont : CFP, CÉGEP, CLE et UQO. Ces acteurs englobent la sphère des entreprises innovantes et sont englobés par la sphère de l’environnement socioéconomique et culturel.

6.1 Les défis des entreprises de l’industrie forestière

Le noyau d’un SRI est constitué d’entreprises innovantes. Ici en Outaouais, le secteur de la 2e et 3e transformation reste encore marginal, et ce, malgré les efforts déployés pour faire changer la situation. Rappelons que la liste des entreprises innovantes fournie par nos informateurs clés a permis de repérer une quinzaine d’entreprises innovantes en Outaouais, sur 126, soit 11 %. Touchée par une crise sans précédent, l’industrie forestière peine à redémarrer et, surtout, à renouveler ses façons de faire. Cette faiblesse de l’innovation touche à la fois les PME et les plus gros acteurs.

La dispersion des entreprises sur un vaste territoire retarde la transformation en profondeur de l’industrie forestière de l’Outaouais. Si la concentration géographique (A1)Note 3 est un des facteurs clefs d’un SRI, on ne peut que conclure que la région de l’Outaouais est assez mal prédisposée étant donné que la région est fracturée entre son pôle urbain (Gatineau) et ses MRC rurales. Les entreprises de l’industrie forestière sont éparpillées sur l’immense territoire de la région et les MRC de Pontiac et de la Vallée-de-la-Gatineau évoluent dans un relatif isolement par rapport au reste de l’Outaouais. Ainsi, la région de Gatineau-Ottawa constitue le principal pôle de croissance pour la région de l’Outaouais. La Ville de Gatineau regarde au-delà de la rivière, tandis que les régions de la périphérie tentent d’endiguer l’exode de leurs forces vives vers le pôle urbain de la région.

En ce qui concerne la concentration géographique, c’est Gatineau qui regroupe le plus d’activités de l’industrie de la transformation du bois, suivie des Collines-de-l’Outaouais, de Papineau, de la Vallée-de-la-Gatineau et enfin du Pontiac. Certes, une forte relation entre industries régionales et extraterritoriales (A2) du secteur du bois demeure un enjeu du développement d’un SRI. À ce propos, il existe une faiblesse qui semble directement liée au contexte de crise forestière et qui provoque du coup un repli des entreprises sur elles-mêmes. Les efforts constatés avec l’initiative du RESBO ont été soulignés et doivent être soutenus afin de mieux structurer et supporter ce réseau d’entreprises (A3 et B1).

En l’absence d’une collaboration forte entre les entreprises déjà existantes, les institutions de soutien ont un rôle crucial à jouer pour mettre en place les conditions propices à un renforcement des liens fonctionnels entre les entreprises tout comme le développement de mécanismes d’échanges et de partage d’informations entre les entreprises. Deux exemples illustrent particulièrement bien le rôle important que peuvent jouer les partenaires institutionnels dans le démarrage de ces dynamiques. Le premier exemple est celui du projet d’incubateur d’entreprises dans le secteur du bois de Thurso. Ce projet dépend, certes, de la présence de l’usine Fortress, mais il doit également beaucoup aux efforts consentis par les acteurs institutionnels locaux et régionaux pour instaurer des mécanismes de transfert de connaissances industrielles (B4). Le second exemple est celui de la MRC de Pontiac qui a mis sur pied une structure concertée d’accompagnement (MRC-CLD-SADC) des projets de développement.

Enfin, la question de la présence d’entreprises riches en savoir (C5) en région périphérique se pose aussi dans la région de l’Outaouais. Hormis quelques exemples comme les industries Fortress et Lauzon, il y a nécessité d’augmenter leur nombre et de diversifier les types de production sur le territoire. À cet effet, les pistes explorées dans le rapport régional sur les extractibles forestiers sont des avenues qu’il faut examiner et encourager.

6.2 Le réseau de soutien aux entreprises

Dans la mise en forme d’un SRI, nous avons souligné la nécessité d’une forte relation entre les entreprises et les institutions de soutien (A3). Force est de constater que ce lien entre les entreprises et organismes de développement reste perfectible, surtout dans le cas des PME, qui représentent la majorité des entreprises du secteur. Le soutien et l’accompagnement directs des entrepreneurs demeurent un enjeu dans un contexte où les ressources des entreprises sont minimales et où les programmes d’aide au développement de l’innovation sont complexes et difficiles à obtenir pour ces PME.

Cela dit, comme les relations entre les institutions de soutien sont bonnes, fortes et régulières, il est tout à fait possible d’établir une meilleure concertation régionale pour intervenir directement auprès de ces PME et les soutenir dans leur développement, à l’image de ce qui s’est réalisé à une échelle plus restreinte dans la MRC du Pontiac, où l’analyse concertée des projets émanant des entreprises a réduit considérablement leurs démarches vers l’acception de leurs projets de développement. Des initiatives très intéressantes ont émergé de cette collaboration entre les organismes de soutien de la région. C’est le cas de l’élaboration d’un plan stratégique de développement pour l’utilisation des bois de trituration, qui amène les organismes à se regrouper et à travailler ensemble sur d'éventuels projets de développement industriel. Nous pouvons également citer la création du groupe de travail en développement économique au MRNF, qui réunit d’autres organismes régionaux. Clairement, des initiatives naissent et sont à encourager.

6.3 L’innovation, la R&D, la formation et les infrastructures régionales

La mise en place de processus institutionnels favorables à l’innovation (A4) est un autre élément constitutif d’un SRI. La présence en ce moment de nombreux programmes et services-conseils pour aider les entreprises est un bon indicateur du potentiel des initiatives régionales à cet égard et représente une force dans la constitution d’un SRI dans le secteur du bois. Cependant, les organismes de soutien à l’innovation, de R&D et de transfert technologique sont surtout extérieurs à la région et, du coup, souvent moins sensibles aux réalités régionales. La nécessité d’élargir le spectre des entreprises admissibles aux programmes de soutien à l’innovation et de R&D, pour y inclure les PME, s’est avérée importante aux yeux des répondants.

Sur le plan régional, le déficit d’infrastructures institutionnelles de formation, de R&D et de soutien à l’innovation reste entier (C2). Certes, l’annonce récente de la création de l’Institut des sciences de la forêt feuillue tempérée (ISFORT) à l’UQO renforcera le développement du créneau en foresterie en Outaouais en y soutenant l’innovation par la formation universitaire en gestion de la forêt, et contribuera à développer une expertise dans le domaine en émergence de la forêt feuillue tempérée, de son écologie et de son aménagement. Ce projet s’inscrit d’ailleurs dans la continuité des actions de la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation.

Cependant, la formation d’une main-d’œuvre (C4) répondant aux besoins spécifiques des entreprises du secteur reste un défi en soi. La crise forestière et les perspectives négatives de développement du secteur ont eu des effets néfastes non seulement sur le recrutement des entreprises, mais aussi sur la fréquentation des établissements de la région offrant des formations dans les secteurs professionnels et techniques du secteur du bois.

Dans ce contexte, une stratégie régionale de revalorisation de la formation dans le secteur du bois et la création d’un lien étroit entre les entreprises et les établissements d’enseignement restent au centre des préoccupations des acteurs du milieu, car la main-d’œuvre demeure un enjeu majeur du développement de ce SRI.

Dans les faits, même si toutes les caractéristiques d’un SRI de la transformation du bois en Outaouais ne sont pas aussi développées que le souhaiteraient les intervenants et les entreprises, nous pouvons quand même conclure que des dynamiques essentielles à sa mise en place existent bel et bien. Par contre, des efforts soutenus seront nécessaires pour mieux structurer les dynamiques et le réseautage des entreprises du territoire pour assurer le déploiement des innovations nécessaires à leur développement.

  • Retour à la note 3 Cette référence alphanumérique est liée aux variables du tableau 2 de la page 12.

Conclusion

Une ligne de force des travaux sur les SRI demeure la question de la proximité, jugée comme une condition centrale pour le développement de l’innovation et de la valeur ajoutée. Dans les travaux qui s’inscrivent dans cette mouvance de SRI, la proximité prend deux formes : la proximité géographique qui permet de faciliter les rapports entre les acteurs clés (entrepreneurs, institutions, etc.) et la proximité fonctionnelle, c’est-à-dire le développement de réseaux de collaboration entre ces acteurs. Il est certain que la proximité géographique est perçue comme un élément facilitant la proximité fonctionnelle. De prime abord, dans le cas du secteur de la transformation des produits du bois en Outaouais, la proximité tant fonctionnelle que géographique semble poser problème. Les entreprises du bois de l’Outaouais, on le sait, sont éparpillées sur un vaste territoire et, selon ce qu’on a pu constater lors de nos entrevues, n’ont pas développé d’activités importantes de réseautage susceptibles de créer cette proximité fonctionnelle.

Le créneau « forêt feuillue » reconnu par la région dans le cadre du programme ACCORD avait comme objectif de pallier ce manque de proximité et d’instaurer une structure régionale d’accompagnement de l’innovation dans le secteur du bois. Nos entrevues ont permis de constater qu’à divers égards ce dispositif institutionnel fonctionne plutôt bien. Les divers organismes impliqués ont développé des pratiques concertées entre elles et tous, incluant les organismes multisectoriels, et semblent s’entendre sur le caractère prioritaire de l’innovation dans le secteur forestier pour la région. Malgré qu’elle soit relativement jeune, cette gouvernance institutionnelle a produit des fruits intéressants que nous avons signalés dans ce rapport. L’étude sur les bois de trituration serait un de ceux-là.

Par contre, un problème majeur persiste, soit celui de la capacité de rejoindre les entreprises et de les accompagner au quotidien dans leur recherche d’innovation. Ce problème est tout particulièrement criant dans le cas des plus petites entreprises qui ont plus difficilement la capacité de libérer des ressources pour monter des projets ou répondre aux exigences des programmes. Évidemment, des efforts ont été consentis de ce côté depuis l’obtention du créneau ACCORD, mais il semble que l’arrimage entre le soutien institutionnel et les entreprises potentiellement candidates à l’innovation reste encore difficile. Cela témoigne du fait que dans le secteur de la transformation du bois en Outaouais, la proximité fonctionnelle n’émerge pas de façon spontanée et que des efforts importants doivent être consentis pour la construire.

Les difficultés rencontrées en Outaouais ne vont pas sans rappeler les faiblesses attribuées aux régions périphériques par les auteurs qui s’intéressent aux SRI. À l’instar de bien d’autres régions périphériques, l’Outaouais n’est pas un terreau optimal pour une stratégie de SRI. Cependant, les efforts importants consentis par les acteurs institutionnels depuis l’obtention du créneau ACCORD montrent que, si ces difficultés compliquent le travail de construction d’une capacité d’innovation, cette construction est tout de même possible. Notre analyse a, en effet, permis de voir d’importantes percées, notamment du côté du partenariat entre les diverses institutions impliquées dans le dossier. Du côté de la proximité fonctionnelle entre entreprises, les avancées sont plus récentes et apparaissent encore fragiles. L’incubateur autour de l’usine Fortress est un bon exemple d’une infrastructure qui permettra de favoriser la collaboration entre les entreprises autour de la rayonne. Pour que le système régional d’innovation puisse murir, il serait important que des initiatives semblables se manifestent dans la production d’armoire, bois de plancher ou moulures où la plupart des petites et moyennes entreprises de l’Outaouais sont actives. Les efforts des acteurs institutionnels du système régional vont dans ce sens mais les progrès restent encore difficiles, surtout dans un contexte où les entreprises font face à une crise forestière et financière majeure.

Notre analyse nous permet de conclure que la proximité fonctionnelle est un des freins importants à la construction d’une dynamique soutenue d’innovation. C’est à ce niveau, celui de l’accompagnement à la proximité fonctionnelle entre les entreprises, que des efforts importants devront être consentis si l’on veut assurer le développement d’une transformation des produits forestiers innovatrice en Outaouais.

Bibliographie

Amable, B., Barré, R., Boyer, R., 1997. Les systèmes d’innovation à l’ère de la globalisation. Paris, Economica.

Amin, A., Thrift, N., 1994. Globalization, Institutions and Regional Development in Europe. Oxford, Oxford University Press.

Anderson, R. Cohn, T., Day, C., Bowlett, M. and Murray C. 1998, Innovation Systems in a Global Context. The North American Experience. Mc Gill-Queen’s University Press, 300p.

Asheim, B.T., Isaksen, A., 2002. Regional innovation systems: the integration of local ‘sticky’and global ‘ubiquitous’ knowledge, Journal of Technology Transfer 27, p.77–86.

Asheim, B.T., Isaken A., Nauwelaers, C., Todtling, F. 2003. Regional innovation policy for small medium entreprises. Cheltenham, Edward Elgar.

Asheim, B.T., Gertler, M.S., 2005. The geography of innovation: regional innovation systems. In Fagerberg, J., Mowery, D., Nelson, R. (Eds.), The Oxford Handbook of Innovation, Oxford University Press, Oxford, p. 291–317.

Autio, E., 2005. Evaluation of RTD in regional innovation systems. European Planning Studies 6, p.131-140.

Brouwer, E., Budil-Nadvornikova, H., Kleinknecht, A., 1999. Are Urban Agglomerations a Better Breeding Place for Product Innovation? An analysis of New Product Annoucements. Regional Studies 33, p. 541-549.

Bunnell, T.G., Coe, N.M, 2001. Spaces and scales of innovation. Progress in Human Geography 25, p. 569-589.

Chappuis, R, 1994. « Les relations humaines : la relation à soi et aux autres », Edition Vigot, Paris.

Chiasson, G. Blais, R. et Boucher, J. 2006. « La forêt publique québécoise à l'épreuve de la gouvernance: le cas de l'Outaouais », Géocarrefour, 81,2, p. 113-120.

Chiasson, G., Dauphin, A., Gauthier, M. Le Blanc, P. et Robitaille, M. 2010. La crise forestière et son impact sur le développement des MRC Abitibi-Ouest et Vallée-de-la-Gatineau. Rapport déposé au Ministère des affaires municipales et des régions.

Conseil de la science et de la technologie 2001. Rapport de conjoncture 2001 : pour des régions innovantes du Conseil de la science et de la technologie.

Cooke, P., Boekholt, P. et Todtling, F., 2000. The Governance of Innovation in Europe: Regional Perspectives on Global Competitiveness. Pinter, London

Cooke, P. et Leydesdorff, L., 2004. Regional development in the knowledge-based economy: the construction of adavantage», in The journal of technology transfer, 31.

Courlet, C., 2001. « Les systèmes productifs locaux, de la définition au modèle » dans Réseaux d’entreprises et territoires, regards sur les systèmes productifs locaux. Paris, la documentation Francaise, p. 17-61.

Diez, J-R, 2002. «Metropolitan Innovation Systems, A comparaison between Barcelona, Stockholm and Vienna». International Regional Science Review 25, p. 63-85.

Doloreux, D., 2003. «Regional innovation systems in the periphery, the case of the Beauce in Quebec (Canada)». International Journal of Innovation Management 7, p. 67-94.

Doloreux, D., 2004. « Regional Innovation Systems in Canada, a comparative study ». Regional studies, 38, p. 479-492.

Edquist, C., 1997. Systems of innovation, Technologies, Institutions and Organizations. London Printer.

Edquist, C., Jonhson, B. 1997. «Institutions and organizations in systems of innovation» in Systems of innovation, Technologies, Institutions and Organizations. London Printer, p. 41-63.

Harrison, R.T., Cooper, S.Y, Mason, C. «Entrepreneurial activity and the dynamics of the technology-based cluster development, the case of Ottawa». Urban studies 41, p. 1045-1070.

Isaken, A. 2005 "Regional clusters building on local and non-local relationships, a european comparaison" in Lagendijk, A. and Paivi, O. (eds). Proximity, distance and diversity. Aldershot, Ashgate. P. 129-152.

Laberge, M. Monahan, P. 2009. « Rapport Bourgogne, Venez voir de quel bois je me chauffe ! Portrait d’une industrie en transformation basée sur une ressource renouvelable et écologique », Mathieu Laberge, Pierre Monahan, CIRANO, 35 pages.

Lorenzen, M., 2001. «Localized learning and policy, Academic advice on enhancing regional competitiveness through learning». European planning Studies 9, p.163-185.

Maillat, D., Kébir, L., 2001. «Condition-cadres et compétitivité des régions, une relecture». Revue canadienne des sciences régionales 24, p. 41-56.

Malmberg, A., Maskell, P., 1997. «Towards an explanation of regional specialization and industrie agglomeration». European Planning Studies 5, 25-41. Malmberg, A., Maskell, P. 2002. «The elusive concept of localization economies, towards a knowledge-based theory of spatial clustering». Environment and Planning A 34, p. 429-449.

Maskell, P., Eskelinen, H., Hannibalsson, I., Malmberg, A., Vatne, E., 1998. Competitiveness, localised learning and regional development. London, Routledge.

Maskell, P., 2001. «Towards a knowledge-based theory of the geographical cluster». Industrial and Corporate Change, 10, p. 921-943.

Morgan, K. et Nauwelaers, C. , 1999. Regional innovation strategies: the challenge for less-favoured regions. Routledge, London.

Nelson, R., Winter, S.G., 1984. An evolutionary theory of economic change. Cambridge, Harvard University Press.

Polèse, M., Shearmur, R., 2002. The periphery in the Knowledge Economy. Montréal et Moncton, INRS-UCS et Institut canadien de recherché sur le développement régional.

Porter, M.E, 2004. Competitiveness in rural US regions, learning and research agenda. Institute for Strategy and Competitiveness, Harvard Business School, Harvard.

Riverin, N., Proulx, M.E., et Pota, M.C. 2010. Portrait global de l’entrepreunariat dans la région de l’Outaouais, Fondation de l’entrepreneuriat.

Simmie, J., 2003. “Innovation and urban regions as national and international nodes for the transfer and sharing of knowledge”. Regional Studies, 37, p. 607-620.

Simmie, J., Siino, C., Zuliani, J-M., Jalabert, G., Strambach, S., 2004. “Local innovation system governance and performance. A comparative analysis of Oxfordshire, Stuggard and Toulouse”. International Journal of Technology Management 28, p. 534-559.

Todling, F. et Trippl, M. 2005 "One size fits all?, Towards a differentiated regional innovation policy approach". Research Policy 34, p. 1203-1219.

Tremblay, D.G., Klein, J.L., Fontan, J.M., Rousseau, S. 2003. « Territorial proximity and innovation : a survey of the Montreal region », Revue d’économie rurale et urbaine, 5, p. 835-852.

Date de modification :