Analyse des facteurs favorisant le potentiel et le développement des destinations associées aux croisières internationales au Québec
Sommaire exécutif
Bien que le Québec ait une tradition historique de croisières sur le Saint-Laurent, son développement sur le marché contemporain de la grande croisière internationale est relativement récent. Son positionnement sur le segment d’affaires « Fall Foliage » lui procure une part de marché de moins de 1 % (soit moins de 100 000 passagers) dans l’itinéraire Canada/Nouvelle Angleterre.
Pourtant, les opportunités sont bien réelles d’accroître cette part de marché et d’allonger la saison (15 mai au 15 octobre), compte tenu de la conjoncture actuelle de l’industrie des croisières internationales:
- croissance moyenne de 8 % et prévision de 18 millions de passagers d’ici 2010 (CLIA);
- sur la centaine de bateaux présents dans les Caraïbes, une cinquantaine se redéployent ailleurs durant l’été;
- les destinations concurrentes en été sont l’Alaska (marché saturé avec 3 millions de passagers) et la Méditerranée (marché à croissance faible avec 6,7 millions de passagers);
- la tendance est aux navires de plus en plus gros (3 000 passagers et plus), de sorte que les navires en service (1 000 à 2 500 passagers) sont redéployés sur de nouveaux itinéraires (nature, culture);
- il s’agit d’une industrie touristique innovante, cherchant constamment à surpasser les attentes des croisiéristes et développant de nouvelles escales.
Un tel contexte est favorable au développement de nouvelles escales dans l’axe du Saint-Laurent, à condition de rencontrer les facteurs d’attraction comme la promotion dirigée de la destination dans l’itinéraire, la rentabilité des escales pour les lignes de croisières, l’accessibilité par auto au port d’embarquement (drive to market), le développement d’escales stratégiques dans le Saint-Laurent qui favoriseraient de nouveaux itinéraires, la valeur ajoutée de la culture française. Par contre certains freins devront être minimisés tels la loi sur le cabotage, l’offre disponible en sièges aériens (Québec et Montréal), le petit nombre d’escales aptes à répondre aux besoins des lignes de croisières.
Développement économique Canada et le Ministère du Tourisme du Québec, dans leur volonté commune de mieux comprendre les facteurs de développement des croisières internationales au Québec, ont confié à Desjardins Marketing Stratégique le mandat de définir une grille de critères pondérés servant à évaluer le potentiel des destinations-escales au Québec. L’exercice a été rendu possible par la réalisation de recherches précises : compréhension de la Politique maritime nationale et du Programme de cession des ports, portrait de la situation des ports sur le Saint-Laurent et ceux ayant une vocation touristique actuelle et potentielle, analyse du modèle de développement des croisières, du financement des infrastructures et des interventions des agences de développement régional APECA pour les Maritimes et DEO pour l’ouest canadien, analyse de 6 escales comparables (trois récentes et trois établies) et leurs critères de développement.
La Politique maritime nationale établit trois catégories de ports au Canada : les administrations portuaires, les ports régionaux de Transport Canada, les ports éloignés de Transports Canada. Parmi les ports étudiés dans ce mandat,
- Trois-Rivières, Port Saguenay et Sept-Îles sont dans la première catégorie;
- Baie-Comeau, Gaspé, Pointe-au-Pic, Rivière-du-Loup, Matane, Rimouski, Tadoussac, Sorel, Ste-Anne-des-Monts, et Gros Cacouna sont dans la deuxième catégorie;
- Cap-aux-Meules et Havre-St-Pierre sont dans la troisième catégorie.
Selon l’inventaire réalisé, voici le positionnement des ports du Saint-Laurent en regard des croisières internationales.
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Ports accueillant des croisières (2006) |
Ports envisageant l’accueil de croisières (2011) |
|---|---|
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Baie-Comeau |
Cap-aux-Meules |
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Gaspé |
Havre-Saint-Pierre |
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Québec |
Matane |
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Montréal |
Sept-îles |
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Saguenay |
Trois-Rivières |
Par ailleurs, les autres ports ayant un potentiel de développement à ce chapitre sont : Gros-Cacouna, Pointe-au-Pic, Rimouski, Rivière-du-Loup, Saint-Anne-des-Monts, Sorel, Tadoussac.
Dans le portrait de la situation des quinze ports québécois analysés, plusieurs caractéristiques physiques portuaires (nombre de quais, tirant d’eau, tirant d’air, services, etc.) et touristiques de l’escale (activités disponibles, espaces et capacités d’accueil, produits d’appel, etc.) ont été regardées. Selon les caractéristiques énumérées qui s’avèrent favorables à l’accueil des croisiéristes, certains ports présentent déjà des potentiels plus marqués, notamment Baie-Comeau, Gaspé et Saguenay (qui accueillent tous des croisières) mais également Havre-Saint-Pierre, Trois-Rivières, Pointe-au-Pic, Tadoussac et Sorel (qualité visuelle du site d’accostage, proximité du pôle urbain, personnalité de l’escale et présence d’un produit d’appel).
L’implication, des agences de développement régional pour l’Est (APECA) et l’Ouest (DEO), dans l’industrie des croisières a porté, dans un premier temps, sur : la compréhension du marché et son fonctionnement (participation à des missions, Sea trade show, etc.), la validation du marché et son potentiel (réalisation d’études), le développement de compétences d’affaires avec ce marché (formations, voyages de familiarisation, etc.). Les financements des infrastructures portuaires et touristiques ont été faits en fonction de choix stratégiques reliés à la localisation des escales dans l’itinéraire.
Pour le Canada atlantique, les ports de Sydney, St-John (N-B), Corner Brook, Halifax et Charlottetown ont été priorisés. Dans ce dernier cas, les autorités portuaires amorcent un projet d’investissement (2006-2007) de 22,4 M$ incluant des aménagements pour les opérations industrielles et touristiques des croisières. Le financement est assuré par divers partenaires comme l’indique cet encadré.
Projet de 22,4 M $ enclenché à l’automne 2006
- Rehausser les opérations industrielles actuelles (quais pétroliers)
- Améliorer l’aspect récréatif du site (reconversion de bâtiment, Welcome center, Centre d’information, etc.)
- Allonger le quai d’accostage pour accueillir de plus gros navires
Financement du port
- 4,5 M $ Infrastructures Canada
- 3 M $ APECA
- 2 M $ Gouvernement provincial
- 1 M $ Ville
- 7,9 M $ Port
- 4 M $ Emprunt
Dans l’ouest canadien, DEO a soutenu le développement de deux ports d’escales : Prince Rupert et Campbell River. Les deux sont des petites communautés pour qui le développement de leur port d’escale contribuait à une revitalisation économique. Les encadrés suivants indiquent la portée et le financement des projets. Depuis environ 2000, DEO estime avoir investi quelque 13 millions de dollars en soutien à cette industrie.
Le financement du projet de Prince Rupert en Colombie-Britannique
Phase 1 : 9 M $ (Port et ville/DEO/gouvernement provincial ; 3 M $ chacun)
Aménagement du quai, aire d’embarquement des autobus, bâtiment d’accueil
Phase 2 : 3 M $ (les mêmes intervenants à part égale).
Aménagements légers comme signalisation, affichage, voie pédestres, etc
Le financement du projet de Campbell River en Colombie-Britannique
Phase 1 : 4,23 M $
- 2,73 M $ Ministère des affaires indiennes et du nord canadien
- 1,5 M $ DEO
- 1,07 M $ Ville et Conseil de bande
Phase 2 : 9 M $
- 6 M $ Ministère des affaires indiennes et du nord canadien
- 3 M $ DEO
Parmi les destinations escales évaluées, nous en avons retenu trois, considérées comme établies (Bar Harbor, États-Unis; Bergen, Norvège; Livourne, Italie) et trois récentes (Icy Strait Point, États-Unis; Punta Arenas, Chili;Puerto Madryn, Argentine). Ces analyses nous ont permis de dégager les forces et les faiblesses de chacune, en regard d’un positionnement sur le marché des croisières, et surtout de dégager les critères essentiels de développement des escales. Les tableaux suivants résument ces attributs.
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Escales |
Forces |
|---|---|
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Bar Harbor |
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Icy Strait Point |
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Punta Arenas |
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Puerto Madryn |
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Livorno |
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Bergen |
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En résumé |
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Escales |
Faiblesses |
|---|---|
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Bar Harbor |
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Icy Strait Point |
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Punta Arenas |
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Puerto Madryn |
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Livorno |
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Bergen |
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Escales |
Critères |
|---|---|
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Bar Harbor |
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Icy Strait Point |
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Punta Arenas |
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Puerto Madryn |
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Livorno |
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|
Bergen |
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En résumé |
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L’ensemble de la démarche décrite jusqu’à présent a facilité le développement de la grille multicritères de pondération des projets de ports d’escale pour les croisières internationales dans l’axe du Saint-Laurent. Elle est destinée à éclairer les gouvernements du Canada et du Québec, dans leur analyse de projets qui leur sont soumis par les communautés portuaires désireuses de se positionner sur le marché des croisières internationales. Il s’agit d’une liste repère (check list) de critères et d’attributs à posséder et/ou à développer par une destination escale, afin de satisfaire aux exigences du marché et d’assurer sa croissance.
Comme préalable à l’accueil des navires de croisières, le respect des normes internationales de sécurité (ISPS) et leur application canadienne ( RSTM), sont essentielles. Dans l’application de la grille d’évaluation, il importe de reconnaître le stade de développement du produit. L’axe du Saint-Laurent, à l’intérieur de la destination Canada/Nouvelle-Angleterre, représente encore un petit joueur avec moins de 100 000 passagers-escales, en comparaison de la destination globale où la part est de l’ordre d’un demi-million de passagers. Dans la mesure où les escales et les itinéraires sont encore peu variés au Québec, on peut situer le Saint-Laurent entre le stade d’introduction et le stade de croissance du cycle de vie des produits.
La grille de pondération comporte donc 8 grandes catégories de critères et quelque 80 sous-critères, tous pondérés selon une échelle de 100. Le poids de chacun traduit son importance relative.
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Critères |
Pondération |
|---|---|
|
Critères touristiques actuels du port d’escale |
45 |
|
Caractéristiques des installations portuaires |
13 |
|
Impact du développement du marché des croisières pour l’escale |
12 |
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Investissement et projets pour positionner le port d’escale |
12 |
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L’escale et son itinéraire type |
6 |
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Notoriété relative de l’escale |
4 |
|
Effort de promotion de l’escale dans la destination |
4 |
|
Niveau d’appuis |
4 |
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Total: |
100 |
Par ailleurs, diverses considérations stratégiques, en dehors de ces critères, sont à prendre en compte dans l’évaluation de tout projet.
- La bonne compréhension du secteur des croisières par les milieux hôtes;
- Une planification intégrée de l’escale incluant sa capacité d’accueil à long terme;
- La définition d’une expérience globale, qui intègre à la fois les infrastructures, les activités, la thématique principale et l’accueil dans leur globalité;
- Un bassin de main d’œuvre disponible pour faire face à la croissance de la demande;
- L’appui et la compréhension par le milieu du développement de l’escale;
- La position de l’escale dans l’itinéraire qui conditionne le développement du produit et influence le comportement des croisiéristes (escale en début, en milieu en fin de parcours);
- La concertation des différentes destinations afin de maintenir une cohésion et une complémentarité de l’expérience du Saint-Laurent.
En conclusion les croisières internationales offrent un potentiel de développement économique, dans le respect des principes du développement durable. Les projets bien planifiés peuvent être structurants pour les communautés riveraines québécoises qui présentent les attributs requis pour leur développement en tant qu’escale. Les différents comparables analysés, tant canadiens qu’ailleurs dans le monde, ont démontré les impacts positifs pour les communautés, sur les plans économiques, sociaux, touristiques et culturels (valorisation et réappropriation). L’implication des gouvernements, des autorités portuaires et parfois même des compagnies de croisières, ont été des vecteurs pour accéder à ce marché, à la fois exigeant, innovant et stimulant.
Enfin, tout comme les conclusions de l’étude Bea International, nous confirmons le potentiel du Saint-Laurent pour le développement de deux escales d’importance stratégique pour consolider l’itinéraire principal, et au moins deux escales complémentaires pour diversifier les itinéraires de l’axe Canada/Nouvelle-Angleterre à l’intérieur du Saint-Laurent.
L’horizon est d’environ 5 ans, si l’on veut profiter du momentum de l’industrie des croisières internationales.